‹ Histoire des temps modernesChapitre 136 sur 311 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

lement de cette force dispersée, la concentra en formant une seule association de toutes les ligues particulières et s’en fit le chef. Dès ce moment il y eut deux rois en France.

La ligue, en effet, activement servie par le clergé, surtout par les moines et par les jésuites, se rendit maîtresse des élections lorsque Henri III convoqua les États généraux à Blois, et domina dans l’assemblée (1576). On contraignit le roi de rétracter l’édit de Beaulieu. On accorda six mois aux protestants pour abjurer. Mais, en même temps qu’on forçait le roi à leur déclarer la guerre, on lui refusait les moyens de la faire.

Faute d’argent, elle languit; les protestants perdirent Issoire, la Charité et Brouage. Henri, débarrassé de la surveillance des États, profita de ces légers succès pour signer un nouvel édit de pacification ou paix de Bergerac, qui accordait aux protestants ime liberté de conscience plus étendue et mieux spécifiée que dans les édits précédents, des juges particubers dans les huit parlements de province, neuf places de sûreté et des troupes ; mais elle assurait la prééminence à la religion romaine, et prononçait l’abobtion de toute confédération, tant des catholiques que des réformés (1577). En 1580 eut lieu une septième prise d’armes, sans importance, et marquée seulement par la prise de Gahors, que le roi de Navarre emporta; la paix de Fleix y mit un terme.

Henri III n’avait point d’enfant. Son frère, le duc d’Alençon, mourut en 1584, et le chef des protestants, Henri de Navarre, se trouva l’héritier présomptif de la couronne. Les catholiques, c’est-à-dire la majorité de la population du pays, se voyaient menacés d’avoir pour roi un calviniste : aussi la Ligue se ranima-t-elle avec la plus vive ardeur.

Henri de Guise vit bien que le moment de frapper les grands coups était venu ; et sans hésiter, il signa, le 31 décembre 1584, avec Philippe H, le traité de Joinville, par lequel les parties contractantes s'engageaient < à extirper les sectes et hérésies, à exclure du trône de France les princes hérétiques et à assurer la succession des Valois à Charles, cardinal de Bourbon. » Ce Charles de Bourbon, vieillard sans enfant, était mis en avant pour cacher les prétentions des Guises jusqu’à

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ce qu’ils pussent les montrer à découvert. Déjà couraient par les provinces de nouvelles généalogies qui rattachaient les Guises à Charlemagne, ce qui leur attribuait un droit supérieur à celui des Valois, et le pape Sixte-Quint déclarait les deux Bourbons, Henri et Condé, déchus de leurs droits de princes du sang, indignes de succéder à la couronne. Le parlement protesta en vain en de mémorables remontrances, contre cette violence faite aux consciences, « lesquelles sont exemptes de la puissance du fer et du feu, » et contre la bulle du pape qu’il appelait un attentat à l’indépendance de la couronne.

Alors commença la guerre des trois Henri (1586-1589), Henri de Navarre, Henri de France et Henri de Guise. Le premier débuta par une grande victoire, la seule que les huguenots eussent encore remportée en bataille rangée. L’armée royale fut presque entièrement détruite à Coutras, et son chef. Joyeuse, un des mignons du roi, fut tué (1587). Mais au nord, une armée que les princes réformés d’Allemagne envoyaient au secours de leurs coreligionnaires de France fut vaincue par le duc de Guise, à Vimory et à Auneau. Henri III deux fois battu, et par la défaite de son favori et parles succès de son rival, essaya d’intimider la population parisienne, toute dévouée à la Ligue et au duc ; on lui répondit par une insurrection. La ville se couvrit de barricades. Les quelques milliers de Suisses, dont il s’était entouré, furent enveloppés et désarmés. Lui-même ne s’échappa qu’à grand’peine delà ville.

Au moment où Guise entrait triomphant à Paris ( mars 1580), la grande Armada quittait les ports d’Espagne. Tout semblait donc promettre à Philippe II et au catholicisme romain une prochaine et éclatante victoire. Mais en juillet, les Anglais et la tempête détruisent l’Armada ; Henri III S6 reprend à espérer. H se fait humble et doux avec ses ennemis, accorde toutes leurs demandes, nomme le duc de Guise lieutenant général du royaume, promet de faire une guerre implacable aux huguenots, et convoque les Etats à Blois. Quand il y eut, par ce moyen, attiré le duc, il l’y fit assassiner (23 décembre). Le lendemain, on tua le cardinal de Lorraine à coups de hallebardes.

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