CHAPITRE XV
Mais Guise tirait sa force de la Ligue, et non la Ligue de lui. A la nouvelle du meurtre, les Parisiens se soulèvent; le duc de Mayenne, frère de la victime, est nommé lieutenant général du royaume; les plus grandes villes adhèrent au mouvement; et le roi, abandonné de tous, est réduit à se jeter dans les bras du roi de Navarre. Henri de Bourbon conclut avec joie une alHance qui donne à ses armes la légabté. Les deux rois viennent assiéger Paris avec 40 000 hommes ; mais Henri III est tué’ d’un coup de couteau par le jacobin Jacques Clément (1589).
Le roi de Navarre fut aussitôt proclamé roi de France, mais beaucoup de catholiques, même des protestants, le quittèrent. Il fallut lever le siège de Paris et courir à Dieppe au-devant des secours qu’Élisabeth lui envoyait. Les combats d’Arques (1589), rétablirent sa fortune et sa renommée, que la victoire d’Ivry (1590) consacra. Paris fut de nouveau assiégé, et cette fois eût été pris si Philippe H ne se fût décidé à une intervention active.
Bravé jusque sur les côtes d’Epagne par les navires anglais qui venaient insulter Cadix et Lisbonne et enlever ses galions d’Amérique, il soutenait encore une guerre pénible aux Pays- Bas contre l’habile Maurice de Nassau, le fils de sa grande victime, le Taciturne. En 1590, il était même menacé de perdre ses provinces wallonnes; cependant il donna l’ordre à son général, Alexandre Farnèse, de èecourir à tout prix les Parisiens. Parti de Valenciennes le 4 août, le duc arriva à Meaux le 23 , fort à temps, car le siège durait depuis quatre mois, a Deux jours encore, et ceux de Paris, dit une relation, eussent été obligés à ouvrir leurs portes, s Henri alla au-devant des Espagnols pour les combattre dans les plaines de Chelles. Le duc de Parme, habile tacticien, escarmoucha avec les Français, les occupa pendant quatre jours, et le cinquième, à la faveur d’un épais brouillard, surprit Lagny sur la Marne, d’où il lança une flottille de bateaux avec des soldats et des vivres, pour ravitailler Paris. Tout l’efibrt d’une laborieuse campagne était perdu.
Si les catholiques espagnols et italiens soutenaient les ligueurs, les protestants n’abandonnaient pas Henri IV. H lui
vint 7000 Anglais, 2000 Hollandais ; et le vicomte de Turenne lui amena 12 000 Allemands. La France était le champ de bataille des deux religions.
La campagne de 1591 ne fut pourtant point décisive. Henri prit Chartres, un des greniers de Paris (19 avril), et en novembre essaya, pour dominer la Normandie et la basse Seine, d’emporter Rouen. Famèse vint encore lui arracher une conquête certaine ; mais, à la prise de Caudebec, il reçut une blessure grave, et, pendant qu’il était sur son lit de souffrance, Henri IV attaqua son armée à Yvetôt, lui tua 3000 hommes, et l’enferma dans une position désespérée, entre la Seine et la mer. Le duc de Parme se tira cependant de ce mauvais pas et franchit le fleuve, mais mourut en reprenant la route des Pays-Bas. Henri se trouva délivré de son plus redoutable adversaire.
En ce temps-là, la Ligue était pleine de divisions, inévitable suite des revers. Les Seize se vengeaient d’Arques et d’Ivry sur les catholiques modérés, et envoyaient à la potence le président du parlement, Brisson (novembre 1591). Mayenne, effrayé, proscrivit ces chefs du mouvement populaire, fit saiàr et décapiter quatre des Seize, cassa leur conseil et confia les fonctions municipales à des politiques déclarés (février 1592). C’était supprimer la portion turbulente, mais aussi la plus énergique du parti. Dès lors une sourde opposition, secrètement encouragée par l’Espagne, entrava les projets de Mayenne.
Cependant le cri public réclamait un pouvoir définitif. Mayenne convoqua un simulacre d’États généraux. Les députés se réunirent à Paris (janvier 1593). Alors parurent au grand jour les ambitions rivales. Mayenne, le jeune duc de Guise, fils du Balafré, et Philippe H, voulaient, chacun, la couronne. Le dernier la demandait au moins pour sa Clle Isabelle. « Quel époux, dit un député, le roi Philippe destine-t-il à sa fille? » On attendait le nom du duc de Guise. « L’archiduc Ernest d’Autriche, » répondit l’ambassadeur espagnol. Ce fut une explosion de murmures. L’ambassadeur eut beau atténuer cette faute en oS’rant de donner pour époux à la princesse le jeune duc de Guise. Il était trop tard : le parlement