CHAPITRE XV
intervint et rendit un arrêt contre les prétentions du roi d’Espagne. Mayenne y était supplié « d’empêcher que, sous prétexte de religion, la couronne ne fût transférée en des mains étrangères. »
Ainsi, après trente ans de guerres, les catholiques et les protestants étaient également arrivés à la plus manifeste impuissance. Ni les uns ni les autres, pas plus la Ligue, malgré l’or et les soldats de Philippe II, que le roi de Navarre, malgré la gloire de Coutras, d’Arques et d’Ivry, ne pouvaient fonder un gouvernement national. La France repoussait les ligueurs comme instruments et complices de l’étjanger, Henri IV comme hérétique. Il n’y avait qu’un moyen d’en finir, et il fallait se hâter, car le royaume tombait en dissolution ; le roi de Navarre devait sacrifier ses croyances à la nation, puisqu’elle ne voulait pas lui sacrifier les siennes. La conversion de Henri était nécessaire. Le pape luimême, Sixte-Quint, l’avait indiquée comme le seul dénoûment possible de la crise inextricable où se tronvaient l’Europe et la France : « Si le roi de Navarre était présent, avaitil dit, je le supplierais à genoux de se faire catholique. >
H coûtait beaucoup au fils de Jeanne d’Albret, à l’élève de Coligny, de rompre avec ces huguenots, « qui l’avaient apporté sur leurs épaules de deçà la rivière de Loire. » Mais c’était l’avis même des plus sages d’entre eux. Le 25 juillet, il fit abjuration à Saint-Denis.
La Ligue n’avait plus de raison d’être. Elle retarda, mais ne put empêcher le triomphe du Béarnais. Brissac lui livra Paris (22 mars 1594), et l’année suivante (sept. 1595), il reçut l’absolution pontificale. Les ligueurs ne pouvaient être plus e.xigeants que le Pape. Le duc de Guise avait cédé déjà (novembre 1593) ; Mayenne fit sa soumission au commencement de 1596. Mais tous aussi, comme Brissac, se firent chèrement acheter leur obéissance. Une courte guerre avec l’Espagne, illustrée par le combat de Fontaine-Française (1595) et la reprise d’Amiens (1597), amena la paix de Vervins. Les limites des deux royaumes furent rétablies sur le pied du traité de Cateau-Gambrésis (mai 1598). Trois semaines auparavant, Henri avait affermi la paix intérieure en signant le célèbre
édit de Nantes (avril 1598). Rédigé sur les bases de l’édit de Bergerac, l’édit de Nantes assurait aux protestants la liberté de conscience partout, la liberté du culte dans l’intérieur des châteaux et dans un grand nombre de villes ; des chambres mi-parties, dans les parlements, pour juger les procès des protestants avec les catholiques ; des places de sûreté ; enfin, ce qui les constituait comme un État dans l’État, le droit de s’assembler par députés tous les trois ans, pour présenter au gouvernement leurs réclamations.