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CHAPITRE XYI

SUITES DES GUERRES DE RELIGION POUR LA FRANCE, L'ESPAGNE, L’ANGLETERRE ET LA HOLLANDE.

Décadence et ruine de l’Espagne. — Prospérité de l’Angleterre et de la Hollande. — Réorganisation de la France par Henri IV (1598-1610).

Décadence e( ruine de l'£«pairne.

Lorsque Philippe II mourut, quatre mois après le traité de Yervins et l’édit de Nantes, il n’avait pas seulement vu l’avortement de ses ambitieux desseins sur l’Eurojie occidentale, il avait pu contempler encore la ruine de ses Etats héréditaires. Le démon du midi avait été aussi funeste aux siens qu’à ses ennemis. Il avait perdu la moitié des Pays-Bas, et, des trois couronnes qu’il avait voulu saisir, une seule lui restait, mais privée déjà de ses plus beaux fleurons, et l’Espagne n’était plus qu’un cadavre vivant.

Afin de conserver son unité au giland drame des guerres de religion, je n’ai point encore parlé de faits qui, malgré leur importance, ne sont qu’épisodiques; je les reprends ici dans le but d’achever le tableau de ce règne et de montrer quelles furent pour l’Espagne les suites de cette insatiable ambition . Il n’y a pas dans l’histoire de plus grande leçon morale.

Ces faits épisodiques sont la conquête du Portugal, la lutte que Philippe II soutint contrôles Turcs sur la Méditerranée, enfin ses intrigues pour dominer la mer du Nord et la Baltique en s’emparant du Danemark.

La mort du roi don Sébastien à Alcazarquivir, au sud de Tanger, dans une aventureuse expédition en Afrique, avait fait passer la couronne'du Portugal à un vieillard infirme, le

cardinal don Henri, son oncle, âgé de 67 ans. Le nouveau roi mourut en 1580. Le fils naturel d’un de ses frères, don Antoine, grand prieur de Grato, se fit proclamer à sa place ; mais Philippe II s’était déjà porté comme héritier de celte couronne. Il acheta la noblesse ; et le duc d’Albe, entrant en Portugal avec 30 000 hommes, vainquit à Alcantara don Antoine, qui se réfugia en France. En deux mois le royaume fut conquis, et les cortès de Thomar reconnurent solennellement Philippe II, à condition què le Portugal resterait un royaume séparé et indépendant, avec ses tribunaux propres et sa capitale (2 sept. 1580). Toute la Péninsule se trouva réunie sous ses lois, et, de plus, les Indes orientales et les colonies portugaises, c’està-dire le Brésil en Amérique ; la Guinée , l’Angola, le Benguéla, le scôtes de Zanguebar, de Quiloa, de Mozambique, et nie de Socotora en Afrique; Ormuz, les royaumes de Cambaye, de Diu, le Malabar, Geylan, Malacca et Macao en Asie ; les Moluques en Océanie.

Quel avenir de prospérité et de grandeur s’ouvrait pour l’Espagne, si, quittant Madrid, cette capitale sans eau, sans débouchés, qui alors était à peine une ville, Philippe II eût établi à Lisboime, sur le plus grand fleuve de la Péninsule, le siège de son gouvernement ! Lisbonne était le vrai centre du vaste empire colonial des Espagnols. Si le roi castillan méconnut en cette circonstance les intérêts de sa grandeur, il y fut peut-être contraint par ses préjugés et par ceux de son peuple ; mais il sembla moins le roi que le fléau du Portugal. Malgré une amnistie, il versa des flots de sang ; 2000 prêtres ou moines, dit-on, périrent par ses ordres. Toutes les places furent vendues, les plus riches bénéfices donnés aux Espagnols, les anciens domaines de la couronne aliénés, la noblesse écartée des emplois et reléguée dans ses terres. En dix-huit ans, il n’y eut que trois gentilshommes portugais qui reçurent des titres honorifiques. Tout était réservé aux Gastillans.

En outre, les ministres espagnols semblèrent travailler systématiquement à la ruine de ce malheureux pays. Le monopole du commerce d’Amérique fut réservé aux seuls Gastillans, tandis que les charges imposées à l’Espagne le furent aussi au Portugal, une seule exceptée, celle du service mili-

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