CHAPITRE XVI
obligation de payer on tribut à ces pirates pour donner quelque sécurité à leur commerce. De ce côté encore, Philippe II avait complètement échoué, parce que, poursuivant tant de buts divers, il dissémina ses forces sur toutes les routes qui y conduisaient, au lieu de les réunir sur une seule.
Il ne fut pas plus heureux en Suède et en Danemark. Charles-Quint avait fait du roi de Danemark, Christian II, son beau-frère et son allié, et l'avait soutenu pour avoir un appui dans le nord, sur les derrières des protestants de la Saxe et de la Hesse. A une offre de Christian II de soumettre ses trois royaumes k la suzeraineté de l’Empire, il avait même répondu par la demande de reconnaître la suzeraineté du chef <le la maison d’Autriche, de telle sorte que si les enfants du roi ne laissaient pas d'héritier la maison d’Autriche succédât aux trois courounes du nord
Philippe suivit le même dessein sans avoir les mêmes raisons d’y dépenser ses ressources, puisque l’Allemagne ne lui appartenait point. En 1564, il envoya un subside à Eric XIV, successeur de Gustave Vasa, pour l’aider à continuer la guerre contre le roi danois Frédéric II, qu’il voulait renverser au profit de la duchesse de Lorraine, sa parente et catholique. Voilà aux extrémités du nord la même ambition et les mêmes alliances. Ce plan ne réussit pas. Mais Eric XIV ayant été dépossédé du trône en 1 568 p>ar son frère Jean III, époux docile de la catholique Catherine Jagellon, Philippe II tourna ses batteriès de ce côté. H poussa le nouveau roi à ramener son peuple dans le sein de l’Eglise romaine, lui fît envoyer des députés au pape, proscrire les livres de Luther, et appeler des jésuites auxquels toutes les chaires furent livrées. Alors derrière l’intérêt religieux parut l’intérêt politique. Philippe II forma une ligue avec les rois de Suède et de Pologne. On se proposait le partage du Danemark. Le roi d’Espagne aurait eu pour sa part le Sund, la Seeland avec Copenhague, la Fionie et le Jutland (1578). Mais Catherine Jagellon mourut (1583); avec elle l’influence catholique
i . Lettre de l’ambassadenr de Christian II auprès de Ch. V , écrite de Madrid le 1 9 décembre 1523, aux Arch. des miss, , L V, p. 473.
tomba; les jésuites furent chassés, et les projets de Philippe II sur la Baltique avortèrent.
Le Gis de Gharles-Quint aurait donc pu abdiquer comme son père et aller comme lui cacher au fond d’un cloître la ruine de ses espérances. Charles, du moins, avait combattu pour une cause, à certains égards, légitime. Il avait brisé en Italie la prépondérance de la France, mauvaise pour nous, comme elle le fut pour lui, et surtout pour l’ilalie même. Il avait arrêté le flot montant de la domination musulmane et tenté de faire de l’Allemagne une nation en lui donnant l’unité et la paix. Si les moyens qu’il employa furent désastreux ; licence de la soldatesque, ruineuses extorsions, entraves de toute sorte à l’industrie et au commerce, il poursuivit du moins des desseins vraiment grands, et il descendit noblement du trône pour ne pas épuiser ses peuples à une œuvre impossible. Son Gis, au contraire, s’opiniâtra et mourut roi, mais roi d’une nation perdue.
Gharles-Quint avait pris son point d’appui partout, en Espagne, en Italie, dans l’Empire et aux Pays-Bas, de sorte qu’aucun de ses peuples ne porta seul le poids de toutes ses entreprises. Philippe II demanda à peu près tout à l’Espagne et l’épuisa d’hommes, d’argent et de liberté.
L’ Aragon avait gardé quelques privilèges, il les lui arracha à l’occasion du procès d’Antonio Perez. Dans toute la Péninsule, les provinces basques conservèrent seules leurs fucros.
L’hérésie lui semblait une révolte contre le roi autant que contre le ciel ; il laissa libre carrière au zèle farouche de l’inquisition, et la chargea d’extirper jusqu’au moindre germe de la pernicieuse semence.
Pour assurer l’unité religieuse, il persécuta avec violence les Maures de l’ancien royaume de Grenade et la persécution engendra la révolte. Sous Ferdinand le Gatholique, on les avait contraints, au mépris du traité de Grenade, à abjurer leurs croyances; Philippe II, en 1568, les obligea à changer de nom, à abandonner la langue et le costume de leurs ancêtres. Défense leur fut faite de quitter leur résidence, sans la permission du magistrat, de posséder une arme, pas même un bâton ferré. Un soulèvement général éclata le même jour ;