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CHAPITRE XVI

les catholiques, mais aussi les non-conformistes, puritains ou indépendants, qui, dépassant le point où la reine voulait arrêter la réforme, rejetaient la hiérarchie épiscopale, la juridiction des cours spirituelles et les cérémonies du culte. Contre les uns et contre les autres, c’est-à-dire contre le sanctuaire de la conscience, qui doit toujours rester libre, Élisabeth promulgua im effrayant ensemble de lois qui forment un code odieux et qu’on justifiait par l’excuse banale de toutes les tyrannies, la nécessité politique. Et quel fut le résultat de cet arbitraire et de ces violences? Voici le témoignage d’un protestant : « L’Église ne fut pas laissée par Élisabeth dans un état qui pût valoir des éloges à la politique de ses chefs. Après quarante ans de vexations constamment aggravées contre les non-conformistes, leur nombre se trouva augmenté, leur popularité avait poussé de plus profondes racines, leur intimité pour l’ordre établi était plus irréconciliable. > Une révolution était là en germe ; le second successeur d’Élisabeth la verra s’accomplir contre lui-même.

Cette tyrannie religieuse servit le despotisme politique ; car pour mieux atteindre les catholiques, leurs communs adversaires, les fanatiques des deux partis, anglican et puritain, laissèrent toute latitude à la couronne de violer les lois. Grâce à la Chambre Étoilée, qui citait devant elle les jurés, lorsqu’ils acquittaient un accusé que la cour voulait perdre, et les con- , damnait à d’énormes amendes ou à une prison sans terme fixe, la plus précieuse des garanties anglaises, le jury, n’existait plus. Aussi l’écrivain que nous citions tout à l’heure a pu dire, sans dépasser la mesure de la vérité : « Dans les procès de haute trahison, nos cours de justice différaient peu des vraies cavernes d’assassins. » Le conseil privé, quelquefois un seul de ses membres, prononçait de son chef des emprisonnements arbitraires ; et les ministres employaient toutes les rigueurs de la loi martiale avec la plus extrême facilité, même, comme il arriva une fois, pour les désordres sans gravité de quelques apprentis tapageurs.

Le jury à peu près supprimé, restaient les parlements. Élisabeth ne voulut souffrir de leur part aucune remontrance. En 1582, les communes ayant pris l’initiative d’ordonner un jeûne

et des prières publiques, on les força de demander pardon. Quiconque élevait la voix librement, dans l’une ou l’autre des deux chambres, était aussitôt saisi et arrêté. Élisabeth, d’ailleurs, grâce à son extrême économie, n’eut pas souvent besoin de réunir le parlement pour lui demander des subsides. Elle ménagea la bourse de ses sujets au grand profit de son pouvoir.

D’ailleurs, on oublie un peu le parlement et ses droits, lorsque la reine nous apparaît entre Shakspeare et Bacon, entourée hommes d’État, tels que Burleigh, de marins tels que Drake, Hawkins, Forbiser, Raleigh et Davis. Drake est le premier capitaine qui ait fait le tour dumonde, Magellan étant mort en route, et le premier qui ait doublé le cap Horn, découverte qui aurait dû lui rester. Quand il entra en Angleterre, Élisabeth se rendit sur son vaisseau pour l’armer ellemême chevalier. Hawkins, parent de Drake, est célèbre notamment par le développement qu’il fait prendre à la traite des nègres, commerce qui n’importait pas alors le déshonneur qu’on y a justement attaché depuis, Forbiser fut le premier des marins anglais qui, après Sébastien Cabot, chercha, pour aller en Chine, ce passage du N. -O. qu’on vient enfin de trouver aü bout de trois siècles d’efforts et d’héroïsme; et Davis découvrit le détroit qui garde encore son nom. Gilbert établit quelques colons à Terre-Neuve. Raleigh en conduisit d’autres dans celte partie de l’Amérique septentrionale à laquelle il donna, en l'honneur de la reine vierge, le nom de Virginie, et importa en Europe la pomme de terre, certainement la plus précieuse de toutes ses découvertes. Ce fut aussi lui qui, le premier, transporta le cerisier en Irlande. Les colons qu’il avait laissés dans la Virginie adoptèrent l’usage, qui de là passa en Angleterre, de fumer le tabac.

L’industrie prit également, sous Élisabeth, un grand essor. De nombreux émigrés flamands, fuyant le joug espagnol, vinrent se fixer sur divers points du territoire, notamment dans le Lancashire, s’y marièrent, et, mettant leur industrie au service du pays qui leur avait donné asile, accrurent l’activité déjà considérable du travail de la laine. Ce sont encore des Flamands qui, à cette époque, remplacèrent à Londres les

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