CHAPITRE XVI
Les Hollandais, n’ayant à peu près rien à demander à leur sol pour l’exportation, se firent les rouliers de l’Océan et les moissonneurs des mers. Leurs hardis pêcheurs , sans cesse à la chasse de ce butin que la mer féconde leur livrait, approvisionnaient de salaisons presque toute l’Europe, même les pays catholiques où la pratique du maigre en faisait une nécessité. On a eu raison de dire que la Hollande avait changé ses tonnes de harengs contre des tonnes d’or. En outre, leurs marchands faisaient la commission; ils allaient, avec leurs navires, prendre les denrées où elles abondaient, à vil prix, pour les porter où elles manquaient. Chaque année 2 ou 3000 navires hollandais entraient dans nos ports pour y en- ' lever nos blés, nos vins, nos eaux-de-vie, et plus de 400 entraient sous pavillon étranger dans les ports même de l’Espagne qui payait à ces rebelles, avec les trésors du Nouveau- ~ Monde, les grains de la Pologne et les denrées du Nord dont elle manquait.
Philippe II leur avait fermé Lisbonne en 1 594 . Dès l’année suivante, ils formaient la Compagnie des pays lointains, pour aller chercher les épices aux lieux mêmes de production, et les succès rapides de cette Société amenèrent la création, en 1602, de la Compagnie des grandes Indes qui, profitant de la haine excitée par la dureté des Portugais, établit des comptoirs et des forteresses à Java, à Amboine, à Tidor, à Formose, dans l’ile de Ceylan, à Malacca. En treize années elle arma 800 navires, en prit à l’ennemi 545 dont la coque et la cargaison lui rapportèrent 180 millions de livres. Les dividendes des actionnaires ne furent jamais au-dessous de 20 pour 100 et s’élevèrent parfois jusqu’à 50. Ces beaux jours sont passés, mais ils avaient réuni tant de richesses dans les mains des fils des gueux, que la Hollande est encore aujourd’hui un des pays où les capitaux abondent le plus, et Amsterdam un des grands marchés du monde pour l’argent.
BrorKanIsttdon de la France par Henri IV (159S-1A10).
Henri avait chèrement payé la soumission des chefs de la Ligue ; il laissait aux protestants, par l’édit de Nantes, une
existence politique considérable. Il entendait bien pourtant qu’il n’y eût en France qu’une seule volonté, la sienne. Au sortir de guerres si terribles, le pays avait besoin de repos, d’ordre et de sécurité. Henri IV voulut lui donner ces premières conditions de l’existence sociale. Ligueurs ou protestants ne cherchaient qu’à fonder l’exploitation de la société par un parti. Le roi établit au-dessus de toutes les passions individuelles la force et l’intelligence d’un gouvernement absolu, mais étrauger aux rancunes du passé , et soucieux des intérêts généraux et de la grandeur nationale.
Le désordre était extrême dans les finances. La dette publique était évaluée à 345 millions (près de 1300 d’aujourd’hui). Le pays payait annuellement 170 millions (valeur actuelle 622), sans compter les droits seigneuriaux et les corvées féodales. Le revenu net s’élevait à peine à 30 millions, dont 19 devaient être déduits pour faire honneur aux engagements de l’État. Presque tout le domaine royal était aliéné. Du haut en bas de l’administration financière, à tous les degrés, on volait. L’État ne savait pas au juste ce qu’il devait recevoir, pas même ce qu’il recevait, tant il s’égarait de recettes en route. Henri IV nomma, en 1599, surinrendant des finances un de ses anciens compagnons d’armes, Sully. Le nouveau ministre voulut se rendre compte de tout. Une chambre de justice poursuivit les agents prévaricateurs; les percepteurs furent tenus d’avoir des comptes exacts, avec pièces justificatives à l’appui. U interdit aux gouverneurs de lever arbitrairement des impôts sur les provinces, révisa toutes les créances, en annula beaucoup, et haussa les baux des fermes publiques. Nombre d’offices inutiles, de rentes frauduleuses, d’immunités illégales furent supprimés, d’autres diminués. Beaucoup de gens qui s’étaient faits nobles d’eux-mêmes rentrèrent dans la classe des taillables. L’hérédité des offices, constituée officiellement, en 1604, par le droit annuel delapanleWc, fut une mesure moins honorable que les précédentes, mais vint aussi en aide au trésor royal. A la vérité dans les recettes répondit une sage économie dans les dépenses. Aussi, à la fin du règne de Henri IV, son gouvernement avait acquitté pour 147 millions de dettes, racheté pour 80 millions de domaines, éteint 8 mil-