‹ Histoire des temps modernesChapitre 152 sur 311 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

cuter à la fois tous ses projets. H attaqua et les Espagnols et les protestants. LaValteline est une petite vallée qui établissait la communication entre le Milanais, domaine de la branche espagnole, et le Tyrol, possession de la branche allemande de la maison d’Autriche. Les habitants, sujets de la république protestante des Grisons, mais catholiques, s’étaient révoltés à l’instigation de la cour de Madrid, qui fit bâtir chez eux plusieurs forts, afin de les protéger, disait-on, contre les hérétiques. Les Grisons réclamèrent, et le pape fut choisi pour médiateur. Il hésita longtemps et allait donner raison aux Espagnols, quand Richelieu arriva aux affaires. Il écrivit aussitôt à l’ambassadeur français à Rome : « Le roi a changé de ministère, et le ministère de maxime; on enverra une armée dans la Valteline, qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols plus traitables. » En effet, le marquis de Cœuvres arriva avec 8000 hommes et restitua la Valteline aux Grisons (1624).

En même temps, Richelieu, croyant avoir enlevé aux protestants l’appui de l’Angleterre, par le mariage de Henriette de France avec Charles I*"", dirigea contre eux une attaque vigoureuse : la flotte rocheloise fut détruite. Mais le cardinal se vit arrêté, au milieu de ses succès, par un complot qui n’allait à rien moins qu’à l’assassinat du ministre, peut-être même à la déposition du roi. Entraîné par quelques courtisans, Gaston, l’héritier présomptif de la couronne, refusait d’épouser Mlle de Montpensier : les ennemis de Richelieu auraient mieux aimé que le prince se créât hors de France une puissante alliance. L’emprisonnement du maréchal d’Omano n’effraya pas plus le comte de Ghalais que les avertissements du cardinal ne l’arrêtèrent. Richeheu alors accorde la paix aux huguenots et signe avec l’Espagne le traité de Monçon (1626), pour ne laisser aucun point d’appui aux intrigues, puis fait arrêter Ghalais ; une commission le condamne, et il a la tête tranchée (1626). G’était donner aux grands une terrible leçon. Ils en reçurent ime seconde : deux gentilshommes de la plus haute naissance, Bouteville-Montmoréncy et le marquis de Beuvront montèrent sur l’échafaud pour avoir enfreint l’édit contre les duels, c G’ est chose inique, disait Richeheu au roi, que de

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vouloir donner exemple par la punition des petits, qui sont arbres qui ne portent point d’ombre ; et ainsi qu’il faut bien traiter les grands faisant bien, c’est eux aussi qu’il faut plutôt tenir en discipline. » Mais si le cardinal avait le droit de punir les coupables, il faut regretter qu’il en ait usé avec tant de rigueur, surtout qu’il ait quelquefois, comme Louis XI, donné â la justice l’apparence de la vengeance et fait de l’échafaud un moyen de gouvernement (16-27).

Richelieu avait par ces mesures recouvré sa liberté d’action, il en profita pour préparer une attaque décisive contre les réformés. II réorganise l’armée, la marine et les finances ; il supprime la charge de connétable après la mort de Lesdiguières, achète un million celle de grand amiral à Montmorency, et fait prendre par une assemblée des notables des mesures vigoureuses contre les traitants ou fermiers de l’État qui n’avaient pas rendu de comptes depuis cinq ans. En même temps, il s’allie avec les Hollandais qui lui prêtent des vaisseaux contre Gênes et il les emploie contre la Rochelle.

Charles I" ne pouvait laisser succomber cette ville sans tenter quelque chose pour elle. Il envoie son favori Buckingham avec une flotte. Les Anglais débarquent dans l’ile de Ré ; mais ils sont repoussés par Toiras et Schomberg. L’armée royale investit la Rochelle par terre. Pour isoler la ville de la mer et arrêter les secours anglais, Richelieu fait construire une digue immense et la garnit de canons. Par sa vigilance et sa fermeté il rend inutile la mauvaise volonté des généraux et des grands ; « Nous serons assez fous, s’écriait Bassompierre, pour prendre la Rochelle. »

La défense fut héroïque ; mais la flotte anglaise, qui se présenta deux fois devant la digue , ou n’osa, ou ne put la percer. La Rochelle capitula (1628) : de 30000 habitants, il en restait 5000.

Le duc 'de Rohan, qui luttait péniblement dans le Languedoc contre des forces trop supérieures, dut poser les armes. La paix d’Alais ou édit de grâce laissa aux protestants les garanties civiles et la liberté religieuse , que leur avait données l’édit de Nantes ; mais leurs places de sûreté

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