‹ Histoire des temps modernesChapitre 153 sur 311 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

furent démantelées. Ils cessèrent de former \m État dans l’État (1629).

L’unité politique de la France était rétablie, la trace des guerres religieuses effacée. Les ennemis de Richelieu n’en furent que plus acharnés à le perdre. Marie de Médicis s’étonnait de trouver dans son ancien amnônier im homme d’État sérieux, et non un instrument servile. Elle fut sur le point d’arracher au roi malade un ordre d’exil. Le cardinal allait s’éloigner, quand La Valette et Saint-Simon, le père du célèbre écrivain , lui remontrèrent que tout n’était pas encore perdu. Il vit le roi : quelques heures de conversation lui suffirent pour reprendre tout son ascendant. Marie de Médicis, qui recevait déjà les compliments de la cour, fut désabusée par le désert qui se fit autour d’elle. C’est ce qu’on appela la. journée des Dupes (1630). Elle fit aussi des victimes. Les deux Marillac, l’un garde des sceaux, l’autre maréchal de France, s’étaient déclarés pour la reine mère. Le dernier , accusé de concussions , fut jugé par une commission extraordinaire, dans le palais même de Richelieu, à Ruel, condamné et exécuté. Son frère mourut dans une forteresse. Quant à Marie de Médicis, on lui donna pour prison le château de Compïègne : elle s’échappa six mois après et se retira à Bruxelles (1631).

Gaston avait quitté la cour, trouvé asile chez le duc de Lorraine, et pris pour femme la sœur de ce prince étranger. ' Forcé de se réfugier en Belgique, il parvint à gagner le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc , et rassembla quel(jues milliers d’aventuriers. Mais il ne trouva sur son passage aucun appui. Les villes lui fermèrent leurs portes. Il rejoignit pourtant Montmorency en Languedoc , et se trouva alors à 4 tête d’une petite armée. Quand les troupes royales parurent, Montmorency attaqua tête baissée, et fut pris après une résistance héroïque. Gaston ne. tenta rien pour le d élivrer. Le dernier rejeton de la branche aînée des Mo ntmorency , contemporaine des premiers Capétiens, mourut sur l’échafaud (1632). Le duc de Lorraine paya les frais de la guerre. Louis XIII occupa militairement son

LOUIS XIII ET RICHELIEU

duché, qui resta jusqu’à la fin du siècle aux mains de la France (1633).

Cette exécution jeta la terreur parmi les grands, sans empêcher de nouvelles conspirations. En dépit de sa lâcheté, (jaston trouva encore des complices ; mais son favori, Puylaurens, fut mis à la Bastille et y mourut (1635). Trois ans après, la naissance d’un dauphin, qui fut Louis XIV , enleva à Gaston le titre et le rang d^héritier du trône (1638). Une humiliation infligée au duc d’Épemon, le plus fier des grands seigneurs, la condamnation à mort du duc de La Valette pour une faute militaire, montrèrent à tous que des temps nouveaux étaient venus, ceux de l’obéissance militaire. Pourtant le comte de Soissons, de la maison de Condé , tenta encore de renverser le terrible cardinal ; vainqueur à la Marfée, il fut tué dans le combat (1641).

Richelieu eut à lutter jusqu’à la fin de sa vie. Le jeune Cinq-Mars, qu’il avait placé auprès du roi, complota sa perte. Louis XIII lui-même entra dans la conjuration. Mais Cinq- Mars se perdit en signant un traité d’alliance avec le comte Olivarès, ministre dirigeant d’Espagne. Cette intrigue finit comme toutes les autres, par des supplices : Cinq-Mars eut la tête tranchée, ainsi que son ami de Thou (1642), et le duc de Bouillon, son complice, fut contraint de cWer au roi ses deux places fortes de Sedan et de Raucourt.

Dès l’année 1626, Richelieu avait ordonné la démolition des forteresses féodales qui ne pouvaient servir à la défense des frontières. Il avait aussi aboli les grandes charges militaires de connétable et de grand amiral, lesquelles donnaient trop de pouvoir à ceux qui en étaient revêtus; enfin pohr être partout le maître , il avait imposé' au parlement le silence sur les affaires publiques et évité de réunir les Etats généraux.

Ainsi Richelieu avait fait tout plier sous son autorité! Mais ici d’un péril on était tombé dans un autre : de la licence aristocratique on arrivait à l’arbitraire du despotisme royal, qui, se regardant comme au-dessus de toute loi, se mettait quelquefois au-dessus de la justice et disposait à son gré de la fortune, de la liberté et de la vie des citoyens. On vit sous

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