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CHAPITRE XVII

Richelieu, non-seulement des confiscations et des emprisonnements arbitraires, mais des condamnations capitales prononcées par lettres patentes adressées au parlement.

Le ministère du cardinal de Richelieu n’a pas eu pour seuls résultats , à l’intérieur du royaume , la ruine des protestants comme parti politique, et l’assujettissement des grands ; d’importantes réformes furent auss-i accomplies ou préparées.

Richelieu ne porta pas, dans la gestion des finances, la patiente application et l’économie sévère d’un bon administrateur qui n’a que son budget à régler. Les nécessités de la guerre élevèrent les dépenses si haut, qu’il employa, pour y faire face, les moyens non pas les meilleurs , mais les plus prompts et les plus énergiques , tels que la création de nouveaux offices, l’accroissement des impôts, et des emprunts souvent répétés, à des taux onéreux. A sa mort, sur 80 millions que le pays donnait, le trésor n’en recevait pas 33 , et la dépense étant de 89, le déficit s’élevait à 56 ; le revenu de trois années était mangé d’avance. Cependant, l’esprit d’ordre dont il était animé lui fit trouver un premier remède, qui devait aider plus tard à sortir du chaos où l’organisation financière du royaume était encore, même après Sully. Ce fut la création des intendants (1635). Ces nouveaux magistrats, hommes obscurs et révocables à la volonté du ministre, avaient à la fois autorité sur la justice, sur la police et sur les finances. Agents dociles du gouvernement, ils furent chargés d’arrêter les empiétements des parlements sur l’administration provinciale, et de contre - balancer l’autorité trop grande des gouverneurs, qui, étant tous de haute noblesse, s’étalent rendus à peu près indépendalits dans leurs provinces, et les regardaient comme un patrimoine qui devait passer à leurs enfants ; et, en effet, par la faiblesse des princes, ils avaient rendu ces charges à peu près héréditaires dans leurs familles. Richelieu réussit à les dominer à l’aide des intendants qui exercèrent au nom de la royauté , une surveillance active sur toutes les parties du royaume, concentrèrent peu à peu entre leurs mains tous les pouvoirs civils de la province, et finirent, sous Louis XIV, par ne laisser au gouverneur que

LOUIS XIII ET RICHELIEU. 293

l'autorité militaire et la représentation. La monarchie y gagna et avec elle l’unité nationale. Depuis la création d’une armée permanente, sous Charles VII, aucune mesure n’avait frappé plus profondément la nouvelle féodalité.

Une des suites du siège de la Rochelle fut un premier essai d’organisation de notre marine. Richelieu désigna le Havre , Rrest et Brouage pour servir d’arsenaux. De nombreux vaisseaux furent armés, et dans la guerre de Trente ans, les flottes de France dominèrent sur l’Océan et la Méditerranée.

« Jusqu’où allait la Gaule, disait Richelieu, jusque-là doit aller la France. » Mais les Espagnols, maîtres des Pays-Bas, de la Franche-Comté et du Roussillon, enveloppaient encore de trois côtés la France amoindrie, et tenaient l’Italie par Naples et Milan. Il commença par eux. On l’a vu, dès les premiers jours de son ministère, chasser les Espagnols de la Valteline. Quelques années plus tard], il intervint en Italie, en faveur d’un prince français, le duc de Nevers, qui venait d’hériter du Mantouan et du Montferrat que les Espagnols et le duc de Savoie lui disputaient. Richelieu marcha lui-même vers les Alpes avec une armée de 36 000 hommes, et Louis XIII força le pas de Suze. Le duc de Savoie se hâta de signer le traité de Suze, qui fit rentrer les Espagnols dans le Milanais. Mais l'année n’était pas écoulée que le cardinal était forcé de revenir sur les Alpes avec 40000 hommes. Les Impériaux victorieux en Allemagne étaient entrés chez les Grisons, les Espagnols dans le Montferrat et le duc de Savoie négociait avec tout le monde. La Savoie fut conquise, Pignerol pris (mars 1629). La paix de Gherasco, dont Mazarin fut le négociateur , rétablit le duc de Mantoue dans ses États, et obligea Victor -Amédée à livrer à Louis XIII, avec Pignerol, le libre passage des Alpes (avril 1631).

Ainsi, en 1631, Richelieu avait séparé en Italie les domaines des deux branches de la maison d’Autriche qui faisaient effort pour se rejoindre , et rouvert la Péninsule à la France, mais sans l’y engager. Il fit bientôt à ces ennemis séparés une rude guerre. C’est la période française de la guerre de Trente ans que nous racontons plus loin. Elle com-

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