CHAPITRE XVII
uïença en 1635. Richelieu conduisit les opérations avec un tel succès, que lorsqu’il mourut, le 1*' décembre 1642, h l’âge de cinquante-sept ans , il laissa le royaume agrandi de quatre provinces : Lorraine, Alsace, Artois et Roussillon ; la Catalogne et le Portugal soulevés contre l’Espagne ; les Suédois et nos soldats presque aux portes de Vienne.
Il avait donc tenu la promesse qu’il avait faite à Louis XIII, en entrant au ministère : il avait relevé le nom du roi au point où il devait être parmi les nations étrangères. « On commençoit à connoître, dit un contemporain, que la puissance du roi d’Espagne, jusque-là si formidable et qui devoit la porter à la monarchie universelle , n’étoit pas telle qu’elle paroissoit, et que la France avoit, tout au contraire, des ressources inépuisables et qu’on ne croyoit point, provenant de l’union de toutes ses parties, de sa grande fertilité et du nombre infini de soldats qui s’y trouvent toujours; de sorte qu’on peut dire sans exagération que la France , bien gouvernée, peut faire de plus grandes choses que tout autre royaume du monde. >
Le terrible ministre n’avait pas que le goût du pwuvoir ; il avait aussi celui des lettres et des arts ; plusieurs établissements utiles datent de son ministère. Il institua l’Académie française en 1 635 , et la destina à gouverner la langue et à régler le goût ; il agrandit la Sorbonne , la Bibliothèque et l’Imprimerie royales ; il construisit le Palais Cardinal (Palais- Royal) , le collège du Plessis, et créa le Jardin des Plantes, aujourd’hui le Muséum d’histoire naturelle. Il montra aux écrivains une déférence à laquelle ceux-ci n’étaient pas habitués; il pensionna des savants et des poètes, entre autres Corneille ; il encouragea le peintre Vouët, et il rappela de Rome le Poussin ; enfin il vit naître le grand siècle littéraire de la France, comme il a commencé le grand siècle politique; car le Cid est de l’année 1635, et le Discours de la Méthode de 1637, Il était lui-même un écrivain remarquable. S’il eut tort de vouloir faire des tragédies et de se croire l’égal de Corneille, il composa une foule d’ouvrages théologiques fort estimés de son temps et des Mémoires, un Testament politique, qui le sont beaucoup du nôtre. On y trouve souvent de l’em-
LOUIS xm ET RICHELIEU.
phase et le style prétentieux de l’époque , mais quelquefois aussi une énergie toute cornélienne.
Louis Xni ne changea rien k la politique du cardinal, et appela au conseil celui qui pouvait la continuer, Jules Mazarin, l’ami et le dépositaire des pensées du grand ministre. Louis ne survécut à Richelieu que six mois (14 mai 1643).