CHAPITRE XVIII
couronna, il avait auparavant promulgué la paixd’Augsbourg pour mettre un terme aux guerres de religion en Allemagne (1555). Cette paix ne pouvait être qu’une trêve; car les grandes questions n’y avaient pas été résolues. La lenteur allemande fit durer cette trêve soixante-trois ans.
La clause d’où une guerre nouvelle devait sortir était le ^ réservât ecclésiastique. Elle interdisait aux bénéficiers ecclésiastiques qui passaient dans le parti protestant d’y porter avec eux les grands biens dont l’Église leur avait donné l’administration temporaire. Gela était juste; mais les sécularisations, qui faisaient de domaines tenus en usufruit une propriété héréditaire, avaient valu, parmi les grands, plus de prosélytes à Luther que ses plus vifs traités contre la cour de Rome. Avant lui, l’Église catholique possédait en biens-fonds un tiers de l’Allemagne; des abbés, des évêques y étaienf princes. Quelle tentation n’éprouvaient-ils pas de garder pour eux-mêmes ces immenses domaines que l’Église leur avait confiés pour subvenir aux frais du culte et secourir les pauvres ! Quelle tentation aussi n’avaient pas les princes temporels de mettre la main sur cette riche proie, en réduisantle clergé à la pauvreté des temps apostoliques !
Dans le nord de l’Allemagne, les protestants envahirent ainsi les archevêchés de Magdebourg et de Brême, les évêchés de Minden, d’Halberstadt, de Verden, de Lubeck, etc. Mais dans l’ouest et le sud, l’opposition catholique fut plus forte. En 1 582, Gebhard de Truchsess, archevêque de Cologne, et comme tel un des sept électeurs de l’Empire et duc de Westphalie, abjura le catholicisme, se maria, et prétendit conserver l’électorat. Le pape le déclara déchu, et institua un nouvel archevêque qui fut mis en possession de Cologne par im corps de troupes espagnoles. Gebhard avait compté sur les protestants ; mais c’était le calvinisme qu’il avait embrassé, les luthériens l’abandonnèrent et il perdit son duché (1584).
Ici les réformés étaient battus; ils le furent encore en 1589 à Aix-la-Chapelle, d’où leurs ministres furent chassés ; à Strasbourg, où ils essayèrent inutilement de faire arriver im des leurs à l’évêché (1592); à Donauwerth (1607), d’où les protestants furent expulsés, et qui descendit du rang
de ville libre à celai de simple municipalité du duché de Bavière.
Ainsi s’accomplissait le projet de restauration catholique entrepris en Allemagne par le saint-siège. Les protestants, effrayés de tous les coups qui les frappaient, songèrent enfin k se défendre en s’organisant. Ils conclurent en 1608 V Union évangélique. Leurs adversaires ne voulurent pas rester désar- , mes en face de cette menace, et formèrent de leur côté, l’année suivante, la Ligue catholique, sous la direction du duc Maximilien de Bavière.
Ce prince avait montré de bonne heure une haine implacable et farouche contre la Réforme. Dès l’âge de seize ans, il « écrivait à sa mère, lors du meurtre de Henri III par Jacques Clément : « J'ai appris avec un plaisir indicible que le roi de France avait été assassiné. J’attends avec impatience la confirmation de cette nouvelle.» Le membre le plus influent de la ligue, après lui, était l’archiduc Ferdinand de Styrie, plus tard empereur, qui déclarait aimer mieux mendier son pain que de tolérer l’hérésie dans ses États. Il avait chassé les pasteurs protestants ; il fit sauter leurs églises avec de la poudre et brûler en une seule fois 10 000 bibles. Puis, sur le lieu de l’exécution, il avait posé la première pierre d’un couvent de capucins. En face de tels hommes, le parti protestant, affaibli déjà par les haines religieuses de luthériens à calvinistes et des luthériens entre eux, n’avait aucun prince remarquable. Les chefs donnaient à l’Allemagne le spectacle des plus scandaleuses rivalités. Le duc de Neubourg s’était fait catholique pour acquérir Clèves et Juliers, après l’ouverture de cette riche succession (1609); l’électeur de Brandebourg se fit calviniste pour le même motif. L’un appela les Espagnols, l’autre lès Hollandais. Henri IV allait intervenir quand il fut assassiné.
La maison d’Autriche n’était pas en état de profiter de ces divisions de l’Allemagne et de celles de la Réforme. Ce n’était même pas, on vient de le voir, dans ses États héréditaires que le catholicisme, reprenant l’offensive, avait placé son point d’appui, mais en Bavière. Depuis la mort de Ferdinand I" (1564), frère de Charles-Quint et son successeur dans l’Empire, la branche allemande de cette maison avait laissé k la