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CHAPITRE XVllI

branche espagnole le grand rôle en Europe. Les attaques des Turcs, la turbulence des Hongrois et des Bohémiens, enfin le partage des États de Ferdinand entre ses fils, avaient rejeté celte maison dans la situation d’où Charles-Quint l’avait fait sortir. La couronne impériale lui restait, mais elle n’en tirait pas plus de force qu’elle ne lui en prêtait. Maximilien II (1564-1576), prince éclairé et sage, avait été fort occupé par les Turcs, les Transylvains et les affaires de Pologne, où il voulut se faire nommer roi après la fuite de Henri III ; il le fut fort peu par l’Allemagne où il prêchait pourtant aux réformés, sans en être écouté, la tolérance qu’il pratiquait luimême. Son fils, Rodolphe II (1576-1612), fut au contraire faible, incapable et superstitieux. Il passa sa vie avec des alchimistes et des astronomes qui étaient encore des astrologues, quoique parmi eux fût Ticho-Bralié. Pendant qu’il observait les astres et faisait dresser les tables Rodolphincs, ses armées étaient battues par les Turcs et il perdait ses couronnes. Son frère Mathias, sous prétexte qu’il mettait en péril la fortune de leur maison, prit les armes et l’obligea, en 1608, à lui céder la Hongrie, l’ Au triché et la Moravie, avec le titre de roi désigné de Bohême.

Cette querelle domestique rendit les protestants plus hardis dans les provinces héréditaires. Mathias leur accorda en Autriche la liberté du culte et Rodolphe fut contraint par un soulèvement formidable des Bohémiens de signer les fameuses lettres de majesté par lesquelles il reconnaissait l’existence légale d’une confession signée en 1575 par les Bohémiens, accordait aux protestants le droit d’ouvrir des écoles, de bâtir des églises, et, chose plus grave, leur permettait de se donner des chefs permanents chargés, sous le nom de défenseurs de la foi, de veiller à l’exécution des lettres de majesté (Il juillet 1609). En 1611, Mathias força son frère de résigner entre ses mains la couronne de Bohême. Il ne restait à Rodolphe que celle de l’empire, les électeurs allaient la lui reprendre lorsqu’il mourut.

Mathias ne se trouva ni plus habile ni plus fort. On fit contre lui ce qu’il avait fait contre Rodolphe. On lui imposa pour coadjuteur et pour héritier cet archiduc Ferdinand de

Styrie, dont on a vu plus haut l’énergie. La tolérance dont les protestants avaient joui un moment, dans les États héréditaires, fut remplacée par la persécution. Ils furent chassés de leurs emplois, privés de leurs églises, et, l’Autriche délivrée de l’hérésie, Ferdinand annonça ouvertement le dessein d’anéantir les libertés religieuses delà Bohême.

Onerre de Trente ano : Périodes palatine et danoise

(tSlS-lSSS).

En 1618, des utraquisles (ceux qui communient sous les deux espèces), ayant voulu bâtir des églises pour leur culte, en furent empêchés. Les défenseurs, ayant à leur tête le comte de Thurn, homme impétueux et violent, invoquèrent les lettres de majesté. Sur une réponse dérisoire, l’émeùte éclata. Ils se rendirent à l’hôtel de ville de Prague, et, « selon un vieil usage de Bohême, » jetèrent les gouverneurs par les fenêtres (23 mai 1618).

/ Cet événement marque le commencement de la guerre mémorable dite de Trente ans, qui étendit ses ravages du Danube à l’Escaut, des rives du Pô à celles de la Baltique, ruina les villes, dévasta les campagnes, décimant la population, et ramenant la barbarie. Préparée par une foide d’accidents, elle commença par une question religieuse, la lutte des deux religions, et elle finit par une question politique, l’abaissement de la maison d’Autriche, la grandeur de la maison de i France.

Les Boliémiens, après la défénestration de Prague, organisent la défense et élisent pour roi l’électeur palatin, chef de rUnion évangélique, gendre du roi d’Angleterre, neveu du stathouder de Hollande (1619). Mais Frédéric V ne songe qu’aux fêtes, tandis que Ferdinand II, devenu empereur par la mort de Mathias (1619), déploie la plus grande activité ; il traite avec le roi de Pologne qui lui envoie des secours, avec l’électeur de tSaxe, qui n’en donne pas aux Bohémiens ; il obtient du pape des subsides, de la ligue catholique et du roi d’Espagne, chef de sa maison, des soldats. Assiégé dans Vienne par les Bohémiens du comte de Thurn et les Hongrois de

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