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CHAPITRE XVm

Bethlen G-abor, menacé jusque dans son cabinet par les membres des États d’Autriche qui veulent le forcer à capituler, il résiste à toutes les obsessions, et sa fermeté donne aux secours de la ligue le temps d’accourir. Leur arrivée change la face des choses : les bourgeois s’arment, la confiance renaît, et le comte de Thurn, rappelé en Bohême par une défaite de son collègue, Ernest de Mansfeld, lève le siège de Vienne.

Une ambassade française envoyée par de Luynes avait, dans le même temps, décidé Gabor à signer une trêve; elle rendait un autre service à l’empereur en persuadant aux princes de l’Union évangélique d’abandonner l’électeur palatin. Voilà comment de Luynes faisait au dehors les affaires de la France.

L’empereur peut prendre alors l’offensive contre le seul ennemi qui lui reste. Tandis que les Espagnols entrent dans le Palatinat et les Saxons dans la Lusace, l’armée de la Ligue triomphe des Bohémiens à la bataille de la Montagne-Blanche, près de Prague (1620). Réduite à demander grâce, dépouillée de ses privilèges, la Bohême assiste avec terreur au supplice des chefs de l’insurrection ; 27 sont décapités, 29 n’échappent au même sort que par la fuite ; 928 seigneurs sont dépouillés de leurs biens ; 30 000 familles sortent du pays où la Réforme est proscrite. Deux siècles' après la Bohême se ressentait encore de cette cruelle restauration du catholicisme.

Cependant le malheureux électeur, mis au ban de l’empire (1621), fuyait jusqu’en Hollande, n’osant défendre même son patrimoine héréditaire, où les Espagnols de Spinola s’établirent. Ce succès ranime l’ambition des cours de Vienne et de Madrid. On reprend les anciens projets de Charles-Quint et de Philippe II ; on rêve la réduction de la Hollande, celle du protestantisme ; bientôt on rêvera jusqu’à la ruine des libertés allemandes.

Mais un homme qui n’a pour lui que son épée relève la cause de Frédéric V. Les violences commises par Ferdinand en Bohême donnent au comte de Mansfeld une armée. Tant de gens se trouvent ruinés que la guerre leur paraît une ressource. A la tête de 20000 aventuriers qui ont pour solde le

pillage, Mansfeld échappe aux poursuites du général bavarois, Tilly, à travers la Bohême et le haut Palatinat, traverse toute la Franconie, pénètre dans le Palatinat du Rhin, où l’électeur accourt le rejoindre, où il bat les Espagnols et Tilly luimême à Mingelsheim (1622). Mais les Espagnols et Tilly se réunissent, tandis que Mansfeld et le burgrave de Bade-Dourlach se séparent. Le dernier est battu à Wimpfen, dans la Hesse ; Christian de Brunswick, autre aventurier qui pille les églises, et avec les châsses des saints fait frapper une monnaie où il grave ces mots pour légende : » Ami de Dieu, ennemi des prêtres, » lève 20 000 hommes dans le nord de l’Allemagne ; il veut rejoindre Mansfeld ; l’armée combinée l’arrête et le bat à Hochst sur le Mein ; le Palatinat est de nouveau perdu, Mansfeld s’ouvre un passage jusqu’aux frontières de Champagne qu’il n’ose franchir, puis jusqu’aux Pays-Bas. Il y rejoint Brunswick, qui livre aux Espagnols le combat sanglant de Fleurus, où il est grièvement blessé, et qui se fait couper le bras à la tête de son armée, au son des tambours et des trompettes. Aidés par les Hollandais, ils forcent les Espagnols à lever le siège de Berg-op-Zoom. Mansfeld entre alors dans la Westphalie, qu’il ravage, et dans l’Ost-Frise, où il s’établit si fortement que Tilly renonce à l’y forcer; puis il passe en France et en Angleterre, cherchant partout des ennemis à l’Autri^het les moyens de la combattre.

Cependant la«ète de Ratisbonne sancTionnait la spoliation de Frédéric V.le haut Palatinat, entre le Danube et les montagnes de BAême, était transféré avec la dignité d’électeur à Maximiliel|de ^vière, et les troupes espa^oles restaient en possession du bas Palatinat, sur le Rhin (1623). Christian de Brunswick, qui essaya de tenir la campagne, fut encore battu à Stadt-Lœn, dans l’évêché de Munster, et rejeté en Hollande.

Grâce aux mésintelligences des princes allemands et aux hésitations des électeurs de Saxe et de Brandebourg, la Réforme était en péril. Les protestants, qui avaient abandonné l’électeur palatin, commençaient cependant à comprendre que sa cause était la leur et que leur ruine pourrait suivre la sienne. L’électeur de Brandebourg ouvrit des négociations

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