‹ Histoire des temps modernesChapitre 16 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis XI avait profité du répit qu’il lui laissait pour régler ses comptes avec ceux qui s’étaient tant de fois tournés contre lui. Un des premiers qui eurent h rendre ce compte difficile était le duc d’Alençon. Ce duc, condamné à mort sous Charles YH, avait été gracié par Louis XI; mais il assassina ceux qui avaient déposé contre lui; il fit de la fausse monnaie; il entra dans tous les complots formés contre le roi. Arrêté en 1473, il fut, l’année suivante, condamné pour la seconde fois à la

f)eine capitale ; Louis le retint en prison jusqu’à sa mort. Il aissait un fils; ceux qui s’étaient fait donner les biens du père l’impliquèrent dans un complot de haute trahison, puis le firent condamner à remettre tous ses châteaux au roi, à lui demander pardon, et à tenir prison perpétuelle (1481).

Il y avait des griefs bien autrement sérieux à alléguer contre le comte d’Armagnac, contre cet horrible Jean V, qui avait épousé sa sœur Isabelle, et forcé son chapelain à bénir ce mariage incestueux, menaçant de le jeter à la rivière s’il faisait difficulté. Décrété de prise de corps par le parlement, pour inceste, pour meurtre, pour faux, il avait été condamné, sous Charles VII, mais s’était enfui; et un des premiers actes de Louis XI, à son avènement, avait été de lui restituer ses domaines. Cet homme efl’royable eut pour le roi la reconnaissance qu’il fallait attendre de lui ; il fut constamment parmi ses ennemis. Ce ne fut qu’en 1473 que le roi put s’occuper de lui. Le cardinal d’Albi vint avec une armée assiéger Lectoure. La place se défendait; on négocia, et pendant qu’on négociait, le cardinal s’empara d’une porte de la ville. Jean d’Àrmagnac fut poignardé sous les yeux de sa femme. Celle-ci était grosse, on l’empoisonna. De toute la population de Lectoure, il survécut trois hommes et quatre femmes.

Il y avait dans cette maison d’Armagnac une branche cadette, celle de Nemours, dont le chef, comblé de biens et d’honneurs par Louis XI, le trahit dix fois. Débarrassé des Bourguignons et des Anglais, Louis fit assiéger et prendre le duc de Nemours dans sa forteresse de Carlat, et l’enferma au château de Pierre-Encise, une si dure prison que les cheveux du prisonnier y blanchirent en quelques jours. Puis il le fit transporter à la Bastille, enchaîner, mettre dans une cage de

fer; il ordonna qu’oR ne le fit sortir de là que pour le torturer, et qu’on le torturât bien étroit, qu’on le fît parler clair. Nemours, condamné à mort, fut décapité aux halles.

Un frère de Jean V d’Armagnac et un membre de la puissante maison d’Albret, coupables aussi de complots contre le roi, furent, le premier emprisonné, le second décapité. Ces sévères exécutions achevèrent d'enseigner aux seigneurs si souvent rebelles du Midi, le respect de la loi et du roi.

Le roi d’Aragon avait engagé cette province à Louis XI, pour 200 000 écus. Mais il comptait bien ne pas rendre l’argent et recouvrer la province, dont il fomentait secrètement l’esprit d’hostilité contre les Français. En 1474 Louis coupa court à ces menées, en envoyant une bonne armée, qui prit Perpignan après un siège de huit mois soutenu avec une admirable constance. Une femme, dit-on, avait nourri un de ses enfants avec le corps d’un autre mort de faim.

Il y avait à punir au Nord un homme qui, comme Jacques de Nemours, n’était rien que par Louis XI, h. qui Louis XI avait donné, avec le titre de connétable, la défense du royaume, l’épéo de la France. Cet homme, le comte de Saint-Pol, avait résolu de se créer, entre l’Angleterre, la France et la Bourgogne, une souveraineté indépendante. Il y avait travaillé pendant dix ans, employant pour réussir un seul moyen, tromper tour à tour les Anglais, les Français, les Bourguignons, mais oubliant qu’il pouvait arriver un jour où le roi de France, le roi d’Angleterre et le duc de Bourgogne échangeraient les lettres qu’il leur avait écrites. Louis fut le plus implacable. A l’approche des troupes françaises, le connétable s’enfuit à Mous. Le roi lui écrivait de revenir sans crainte : « J’ai de grandes difficultés, lui disait-il, j’aurais bien besoin d’une tête comme la vôtre; » et il ajoutait devant ceux qui étaient présents, de peur qu’on ne s’y trompât ; « Ce n’est que la tête que je demande, le corps peut rester où il est. » Le duc de Bourgogne le livra; il fut décapité en place de Grève.

Mais de toutes ces morts, la plus heureuse pour le roi était celle du Téméraire. Celle-là était vraiment la mort même de la féodalité. « Oncques puis ne trouva le roi de France, dit

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