CHAPITRE XVIII
Alors *la France intervient elle-même dans la guerre de Trente ans. « A d’autres le monde ! » s’était écrié Gustave- Adolphe en tombant à Lutzen. Richelieu ramasse l’espérance et la fortune du jeune héros. Il est libre maintenant de ses plus grands soucis à l’intérieur, il peut porter son attention et ses forces au dehors. Il substitue hardiment, dans la lutte contre la maison d’Autriche, au Danemark épuisé, à la Suède veuve de son roi, la France pleine de jeunesse et d’ardeur. Contre l’Autriche et l’Espagne plus étroitement unies, il noue d’abord un solide faisceau d’alliances. Par la convention de Paris il promet l i 000 hommes aux confédérés allemands qui lui remettent l’Alsace en dépôt (nov. 1634), et par celle de Saint-Germain il achète Bernard de Saxe-Weimar et son armée (oct. 1635); il traite à Compiègne avec le chancelier de Suède, Oxenstiern, autre grand ministre (avril 1 635), è Wesel, avec le landgrave de Hesse-Cassel, qui promet des troupes en retour d’un subside (oct. 1636) ; à Paris, avec les Hollandais, pour le partage des Pays-Bas (février 1635); à Rivoli, avec les Suisses, et les ducs de Savoie , de Mantoue et de Parme (juillet).
Ces nombreux traités annoncent l’extension que la guerre va prendre. Richelieu la portera sur toutes nos frontières : aux Pays-Bas, pour les partager avec la Hollande; sur le Rhin, pour couvrir la Champagne et la Lorraine et saisir l’Alsace ; en Allemagne, pour tendre la main aux Suédois et briser l’omnipotence de l’Autriche ; en Italie, pour maintenir l’autorité des Grisons dans la Valteline, et l’influence de la France dans le Piémont ; vers les Pyrénées, pour y conquérir le Roussillon; sur l’Océan et la Méditerranée, pour y détruire les flottes espagnoles, soutenir les révoltes du Portugal et de la Catalogne et menacer les côtes d’Italie.
Le prétexte de la rupture fut l’enlèvement par les Espagnols de l’archevêque de Trêves, qui s’était mis sous la protection de la France. La guerre commença heureusement. Châtillon et Brézé remportèrent dans les Pays-Bas la victoire d’Avein, près de Liège (mai 1635). Mais les Hollandais s’effarouchèrent de voir les Français si près d’eux; ils aimaient bien mieux pour voisine l’Espagne affaiblie que la France régéné-
rée, et ils secondèrent mal nos opérations. Les Espagnols profitèrent de cette mésintelligence. Renforcés par 18 000 Impériaux et Piccolimini , ils pénétrèrent en Picardie pendant que notre armée était encore en Hollande, franchirent la Somme et s’emparèrent de Gorbie (1636). Un instant la cour et Paris s’épouvantèrent ; mais le cœur revint vite à la grande ville. Les ouvriers et les gens du peuple s’enrôlèrent en foule, les bourgeois donnèrent au roi les moyens de lever et d’entretenir durant trois mois 12 000 fantassins et 3000 chevaux. Louis XIII, plus hardi cette fois que Richelieu, avait refusé de se retirer sur la Loire; à la tête de 40 000 hommes, il alla rejeter les Espagnols hors des frontières et reprendre Gorbie, où le cardinal n’échappa au plus grand péril qu’il ait couru de sa vie que parce qu’au moment de donner le signal de l’assassinat, le cœur manqua au frère du roi (1636). Une autre invasion, tentée en Rourgogne, tourna aussi mal. Galas et le duc de Lorraine s’étaient avancés jusqu’à Saint-Jean-de- Losne qui résista héroïquement : le comte de Rantzau les força à la retraite, et le duc de Saxe-Weimar les repoussa en désordre dans la Comté.
L’année smvante, 1637, le cardinal de La Valette prit les villes de la haute Sambre, Gateau-Gambrésis , Landrecies et Maubeuge. Richelieu aimait à confier des commandements aux prêtres, plus habitués à l’obéissance. Son amiral ordinaire était Sourdis, archevêque de Rordeaux , qui détruisit, en 1638, une flotte espagnole, à la hauteur de Fontarabie, et ravagea plus d’une fois les côtes du royaume de Naples et de l’Espagne. Mais en cette année (1638), les grands succès furent sur le Rhin ; Remard de Saxe-Weimar battit les Impériaux à Rhinfeld, prit leur général, Jean de Werth, et emporta d’assaut Vieux-Rrisach après trois victoires. Il songeait à se faire souverain de l’Alsace et du Brisgau , quand il mourut, fort à propos pour la France, qui hérita de sa conquête et de son armée (1639).
L’Alsace était une province autrichienne ; l’Artois, qui appartenait aux Espagnols, fut envahi dans la campagne suivante. Trois maréchaux, La Meilleraye, Châtillon et Ghaulnes, assiégèrent Arras. Une armée de 30 OÜO hommes,