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CHAPITRE XVm

commandée par Beck et Lamboi, accourt pour la délivrer. Les maréchaux sont d’avis contraire : l’un veut se tenir dans les retranchements, l’autre sortir des lignes pour livrer bataille ; on en réfère à Richelieu ; « Lorsque le roi , leur répond-il, vous a confié le commandement, il vous a cru capables ; sortez ou ne sortez pas de vos lignes , mais vous répondez sur vos têtes de la prise de la ville. » (Quelques jours après , les Espagnols sont battus, et Arras est forcé (août 1640). C’était une seconde province enlevée à la maison d’Autriche.

La France combattait en même temps dans le nord de l’Italie. Après la mort de Victor-Amédée (1637) , ses frères, le prince Thomas de Garignan et le cardinal Maurice, avaient disputé la régence à sa veuve, Christine, fille de Henri IV, et avaient obtenu l’appui d’une armée espagnole. Richelieu envoya dans le Piémont le comte d’Harcourt, qui remporta trois brillantes victoires à Casai, à Turin et à Ivrée, rétablit l’autorité de la régente , et par un traité habile fit rentrer les princes de Savoie dans l’alhance française (1640-1642). Le duc de Rohan avait, en 1 635, chassé de nouveau les Espagnols de la Valleline.

L’Espagne n’attacpiait plus alors ; elle avait assez à faire (pie de se défendre contre les Catalans et les Portugais qui venaient de se soulever (1640). Le cardinal n’était pas étranger à ces révoltes ; il fournit des secours au nouveau roi de Portugal, Jean de Bragance, et décida les Catalans à reconnaître Louis Xni comme comte de Barcelonne et de Roussillon (1641)'. Une armée française, commandée par La Mothe-Houdancourt, entra dans la Catalogne et en chassa les Espagnols, une autre , que le roi conduisait en personne, prit Perpignan, et ajouta le Roussillon à la France, qui depuis ne l’a pas perdu (sept. 1642).

L’Espagne occupée chez elle, l’Autriche était plus facile à vaincre en Allemagne. Après la défection de l’électeur de Saxe, en 1635, les Suédois avaient reculé jusqu’en Poméranie. Fortifié par quelques troupes que la diète de Stockholm retira de Pologne, et dégagé par la puissante diversion de la France, Banner, le second Gustave, reprit l’offensive ; il battit les Impériaux à Wittstock dans le Brandebourg (1636),

à Chemnitz en Saxe (1639), pénétra en Bohême, et, aidé du comte de (xuébiiant, un des plus habiles tacticiens de cette époque, faillit enlever, en 1641 , dans Ratisbonne, la diète de l’Empire et l’empereur, après avoir passé le Danube sur la glace. Un brusque dégel sauva Ferdinand III, et une maladie le délivra, quelques mois plus tard, de son redoutable adversaire. Tandis que le successeur de Banner, le paralytique Torstenson, étonnait l’Europe par la rapidité de ses opérations et une suite de glorieuses victoires, à Glogau et à Schweidnitz, dans la Silésie, à Breitenfeld en Saxe (1642), Guébriant s’avançait audacieusement avec l’armée weimarienne dans l’ouest de l’Empire, que les Suédois attaquaient par le nordest ; il triomphait de Piccolomini à Wolfenbuttel (1641), de Lamboi à Eempen dans l’électorat de Cologne (1642), et il donnait la main à tous les mécontents de l’Âllemagne.

La mort de Richelieu enhardit les Espagnols; ils reprirent l’offensive du côté de la Champagne , et ils assiégèrent Rocroy, sous la conduite d’un vieux capitaine, don Francisco de Mellos, espérant, cette ville prise, arriver à Paris sans obstacle : car ils n’avaient devant eux qu’une armée inférieure en nombre, et un général de vingt et un ans, Louisde Bourbon, alors le duc d’Enghien, plus tard le grand Condé. Ce fut le 19 mai 1643 que les armées se rencontrèrent. Les deux ailes formées de cavalerie s’abordèrent bien avant que le centre pût combattre. Condé, à la tête de sa droite, renversa la cavalerie qui lui était opposée, et, apprenant que sa gauche était battue par Mellos, il passa audacieusement derrière la ligne espagnole , pour prendre à dos la droite de l’ennemi victorieuse, et la dispersa. L’infanterie espagnole restait immobile. Il revint sur elle, l’entoura, l’attaqua trois fois et la rompit. Le vieuk comte de Fuentès, qui la commandait, fut jeté mort à terre. Condé reçut lui-même cinq coups de mousquets dans ses armes.

Le duc d’Enghien poursuivit son succès aveto cette fougue, cette audace heureuse qui était le caractère de cet autre Alexandre. Chaque année fut marquée par une victoire. Les Espagnols chassés de France, il s’empare en courant de Thionville (août 1643) et se tourne contre l’Autriche et ses

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