CHAPITRE XVm
alliés d’Allemagne. Vannée weimarienne venait de perdre devant Rothvveil, qu’elle avaitpourtant enlevée (12 nov. 1643), son habile général Guébriant, et, obéissant mal à plusieurs chefs, s’était laissé surprendre par les Impériaux à Duttlingen, dans des cantonnements trop séparés (24 nov). Turenne, nommé maréchal, assemble ses débris et la recompose. Gondé lui amène 10 000 hommes. Ils attaquent le général bavarois, Mercy, sous les murs de Fri^urg , en Souabe : le combat recommence trois fois, à trois journées différentes, et chaque fois Gondé y montre la plus brillante valeur, entraînant à sa suite les Français électrisés (16 août 1644). Gependant ce fut plutôt un affreux massacre qu’une victoire. Mercy s’éloigna sans être inquiété, mais il s’avoua vaincu, en laissant les deux généraux enlever Philippsbourg , Worms et Mayence et ainsi nettoyer d’ennemis les bords du Rhin.
Tandis que Gondé retournait à Paris jouir des acclamations populaires, Turenne se préparait à répondre à l’appel de Torstenson, qui lui avait donné rendez-vous sous les murs de Vienne. Ge hardi* général venait de traverser toute l’Allemagne, du fond de la Moravie jusqu’à l’extrémité du Jutland, traînant avec lui l’armée impériale de Galas, qui ne put rien prévoir ni rien empêcher. Le Danemark châtié , Torstenson s’était retourné contre Galas, qui avait espéré l’enfermer dans la presqu’île, l’avait battu à Juterbock, dans le Brandebourg (nov. 1644), avait ruiné ses troupes et détruit une autre armée impériale à Jankowitz, en Bohême (fév. 1645). G’est ' alors que, rentré en Moravie, il assiégeait Brunn, menaçait Vienne et invitait Turenne à venir le joindre paY la vallée du Danube.
Turenne s’engage avec trop de confiance dans l’Empire et est vaincu à Marienthal par Mercy (mai 1645). Mais le duc d’Enghien accourt avec des renforts, fait reculer l’ennemi, pénètre jusqu’en Bavière, et achève la déroute de l’armée impériale dans la sanglante affaire de Nordlingen, où Mercy est tué (août 1645). En 1646, il passe en Flandre : il assiège Dunkerque à la vue des Espagnols, et donne le premier cette place à la France. L’année suivante il est en Gatalogne, où il y a des revers à réparer ; il assiège Lérida, que deux maré-
chaux avaient attaquée vainement; il est repoussé (1647). C’était sa première défaite : il la répare sur un autre théâtre. Son absence avait rendu le courage aux Espagnols dans le nord, et l’archidüc Léopold, frère de l’empereur, s’était avancé jusqu’à Lens, en Artois. Condé les attaque. En deux heures la bataille était gagnée (10 août 1648).
Pendant ces triomphes, Turenne opérait en Allemagne, et, par sa tactique à la fois savante et hardie, jetait les fondements d’une réputation que le temps n’a fait qu’accroître. Réuni au Suédois Wrangel, successeur de Torstensou, il gagna les batailles de Lawingen (nov. 1647) et de Susmarshausen, non loin d’Augsbourg (mai 1648), força le passage du Lech à Rain et contraignit l’électeur de Bavière à sortir de ses États à l’âge de soixante-seize ans. Sans une pluie torrentielle qui grossit tout à coup les eaux de l’Inn, il marchait sur Vienne. On agita un instant, au cohseil de l’empereur, si Ferdinand UI ne fuirait pas de sa capitale.
Il y avait longtemps que l’on négociait. Proposées dès 1641, les conférences s’étaient ouvertes, le 10 avril 1643, dans deux villes de la Westphalie ; à Munster, entre les plénipotentiaires des princes protestants et ceux de l’empereur. J1 s’agissait de remanier la carte de l’Europe après une guerre qui avait duré trente ans , de donner à l’empire une constitution nouvelle, et de régler le droit public et religieux des nations chrétiennes. La France fut représentée à ce congrès par d’habiles négociateurs, le comte d’Avaux et Abel Servien ; mais ses meilleurs diplomates , c’étaient Condé et Turenne , dont l’épée avait simplifié les négociations en rendant la paix nécessaire; la surprise du château de Prague par les Suédois décida l’empereur à la paix. Au dernier moment l’Espagne se retira , espérant profiter des troubles de la Fronde qui commençaient alors en France. Les autres États, pressés d’en finir, signèrent le traité (24 octobre 1648).
Dans la guerre de Trente ans, l’Autriche avait essayé d’étouffer les libertés religieuses et politiques de l’Allemagne ; puisqu’elle était vaincue, ce qu’elle avait voulu abattre subsista et grandit. Les protestants eurent pleine liberté de conscience. La paix de religion , signée à Augsbourg en