‹ Histoire des temps modernesChapitre 165 sur 311 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

1555, fut confirmée. Les trois religions, catholique, luthérienne et calviniste, obtinrent égalité de droits; et, p>our la possession des biens ecclésiastiques, pour l’exercice du culte, tout fut ramené k l’état de l’Allemagne en 1624, excepté dans le Palatinat, pour lequel Vannée normale fut l’an 1618. Beaucoup d’évêchés et d’abbayes furent sécularisés pour fournir des indemnités atix princes protestants. Ainsi , l’électeur de Brandebourg: eut les évêchés de Magdebourg , d’Halberstadt , de Gamin et de Minden ; le duc de Mecklenbourg , ceux de Schwérin et de Ratzbourg; le landgrave de Hesse-Gassel , l’abbaye de Hircbsfeld avec 600 000 écus; l’électeur de Saxe, la Lusace avec plusieurs domaines ecclésiastiques. Un huitième électorat fut créé en faveur de la maison palatine ; mais la Bavière garda le haut Palatinat. L’autorité impériale, naguère menaçante, fût annulée; le droit de suffrage fut assuré , dans la diète, à tous les princes et É.tats allemands , sur toutes les questions d’alliance, de guerre, de traité, de loi nouvelle; ils furent confirmés dans l’exercice plein et entier de la souveraineté sur leur territoire ; et ils eurent le droit de s’alber à des puissances étrangères, pourvu que ce ne fût, disait ime restriction vaine, « ni contre l’empereur ni contre l’empire. Depuis bien longtemps la Suisse et la Hollande étaient étrangères à l’Allemagne ; cette séparation de fait reçut la sanction du droit.

Les deux puissances qui avaient amené cette défaite de l’Autriche avaient stipulé pour elles-mêmes d’importantes indemnités. La Suède eut les îles de Rugen, Wollin et Üsedom, Wismar, la Poméranie occidentale avec Stettin, l’archevêché de Brême et l’évêché de Verden , c’est-à-dire les bouches de trois grands fleuves allemands, l’Oder, l’Elbe et le Weser, avec 5 millions d’écus et trois voix à la diète.

La France continua d’occuper la Lorraine tout en promettant de la restituer à son duc, quand il aurait accepté nos conditions. Elle obtint la renonciation de l’Empire à tout droit sur les Trois-Évêchés, Metz, Toul et Verdun, qu’elle possédait depuis un siècle; sur la ville de Pignerol, cédée par le duc de Savoie, en 1631 ; sur l’Alsace qui lui fut abandonnée,

à l’exception de Strasbourg, ce qui portait sa frontière , en avant des Vosges, jusqu’au Rhin. Elle eut encore, sur la droite de ce fleuve, Vieux -Brisach, et se fit reconnaître le droit de mettre garnison dans Philippsbourg. La liberté de la navigation du Rhin fut garantie.

C’étaient de grands avantages, car, en conquérant l’Alsace, la France se plaçait d’une part, entre la Lorraine et l’Allemagne, de l’autre au nord de la Franche-Comté, que depuis Henri IV elle enveloppait par le sud ; de sorte que ces deux provinces se trouveront désormais à notre discrétion et que leur réunion à la France ne sera plus qu’une question de temps.

Ainsi la France dessinait mieux ses frontières pour sa défense; elle prenait même une position offensive. Par Pignerol, elle avait un pied au delà des Alpes, en Italie ; par Vieux- Brisach et Philippsbourg, elle avait un pied au delà du Rhin, en Allemagne. De plus, en faisant reconnaître aux États allemands le droit de contracter alliance avec des puissance étrangères, elle eut le moyen d’acheter toujours quelques-uns de ces princes indigents ; et , en garantissant l’exécution du traité, elle se donna le droit d’intervenir à toute occasion dans les affaires de l’Allemagne. L’empire, n’étant plus qu’une sorte de confédération de quatre ou cinq cents États luthériens et catholiques, monarchiques et républicains, laïques et ecclésiastiques, deviendra nécessairement le théâtre de toutes les intrigues, le champ de bataille de l’Europe, comme l’Italie l’avait été au commencement des temps modernes, et pour les mêmes raisons : les divisions et l’anarchie. .

Les traités de Westphalie, qui sont la base de toutes les conventions diplomatiques depuis le milieu du dix-huitième . siècle jusqu’à la révolution française, mettaient fin à la supré- • matie de la maison d’Autriche en Europe, et préparaient celle de la maison de Bourbon.

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