CHAPITRE XIX
L’ANGLETERRE SOUS LES STÜAUTS ET CROHWELL.
Les Stuarts : Le roi Jacques I" (1603-1625). — Charles I" (1625-1640).
— Le long parlement (1640-1649). — La république d’Angleterre
•tnarts : Le roi dracqneo 1*' (fttOS-fStS).
Si la maison de Bourbon arriva à un tel point de grandeur sous Louis XIV, ce ne fut pas seulement parce que la guerre de Trente ans avait humilié , devant la France, la maison d’Autriche dans ses deux branches d’Allemagne et d’Espagne ; ce fut aussi par ce que l’incapacité des Stuarts fit dans le même temps descendre l’Angleterre du haut rang où Élisabeth l’avait élevée.
Après la mort d’Élisabeth, le roi d’Écosse Jacques VI, fils de Marie-Stuart et arrière-petit-fils, par les femmes, du roi anglais Henri VII, fut reconnu sans opposition en Angleterre et en Irlande sous le nom de Jacques I". Le premier des Stuarts avait un air gauche et emprunté, une tournure ridicule. Il avait des vices et pas une vertu pure et franche. Sa libéralité n’était que profusion, son savoir que pédanterie, son amour pour la paix- que pusillanimité, sa politique qu'astuce, son amitié qu’un frivole caprice. Henri IV l’appelait maître Jacques^ et Sully disait de lui que c’était le plus sage fou qu’il eût jamais connu.
Au dehors, Jacques I®' abandonna la politique protestante qui avait fait la grandeur de l’Angleterre sous Élisabeth. Il refusa de coopérer aux grands projets de Henri IV ; il rechercha l’amitié, l’alliance même de l’Espagne, et resta presque indifférent à la ruine de son gendre Frédéric V, l’électeur palatin.
Au dedans il s’efforça de rendre son autorité absolue , et voulut faire triompher la doctrine du droit divin des rois. Ce fut le mobile de toute sa conduite, le principe fondamental de sa politique. Les catholiques, si cruellement persécutés par Élisabeth, comptaient sinon sur une revanche, au moins sur un adououcissement de leur sort, avec le fils de Marie-Stuart. Jacques I" maintint leg lois pénales. Dès l’année 1603 ils essayèrent de se venger par deux complots, the main, and the bye , qui coûtèrent la liberté à plusieurs personnages de marque , entre autres à Walter Raleigh, un des anciens favoris et ministres d’Élisabeth , et la vie à deux prêtres. En 1605, de plus fougeux formèrent l’abominable conspiration de$ poudres.
Quelques heures avant l’ouverture du parlement , un pair catholique reçut une lettre anonyme, dans laquelle on lui disait : < Je vous conseille, si vous faites cas de la vie, de trouver quelque excuse pour différer votre présence au parlement ; car Dieu et les hommes se disposent à punir la perversité du siècle. Le danger sera passé dès que vous aurez brûlé cette lettre. » Le billet fut porté aux ministres qui voulaient mépriser cet avis anonyme. Le roi vit mieux cette fois que ses conseillers et devina qu’il s’agissait d’une explosion soudaine, On visita les caves placées au-dessous de la chambre haute, et on y trouva trente-six barils de poudre destinés à faire sauter^^ji ‘méiÉ^^ coup le roi, sa famille, les lords et les communes, reunis pdùr la séance royale : un des conjurés se tenait auprès ; il fut pris , mis à la torture et nomma ses complices. Ils étaient tous catholiques. Ils périrent dans les supplices, et parmi eux un provincial des Jésuites, le père Garnet, dont les tms affirmèrent, les autres nièrent la culpabilité.
Aujourd’hui encore, l’Angleterre célèbre, le 5 novembre, l’anniversaire de la conspiration des poudres. La découverte de cette machination infernale amena une véritable persécution contre les catholiques. Ils ne purent paraître à la cour ni à Londres ; leur demeure dut être à 1 5 kilomètres au moins de la capitale, et défense leur fut faite de s'en éloigner de plus de 7 kilomètres, sans une permission spéciale signée de qua-