‹ Histoire des temps modernesChapitre 167 sur 311 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tre magistrats. Les professions libéraJes ou les fonctions pu> bliques leur furent interdites, comme Louis XIV les interdit en France aux protestants. Un catholique ne put être ni médecin, ni chirurgien, ni avocat, ni juge, ni officier municipal. Dans les mariages mixtes, celui des conjoints qui était de l’ancien culte n’avait rien à prétendre sur les biens de l’autre époux. Pour un domestique catholique on payait 10 livres sterling par mois; pour un convive catholique, l’amphitryon devait payer autant. On avait droit de visiter leurs maisons à toute heure, contrairement à la loi anglaise qui protège la liberté individuelle des citoyens et le sanctuaire du foyer domestique. Enfin on 'leur imposa, en 1605, le serment d’allégeance par lequel ils s’engageaient à défendre le roi contre tout complot, et reconnaissaient, comme impie et damnable, la doctrine qu’un prince excommunié par le pape peut être déposé par ses sujets. Ce n’est que de nos jours que les catholiques anglais ont été formellement délivrés d’une législation qui les mettait en dehors du droit commun.

Les non-conformistes avaient mieux à espérer d’un prince qui, en Écosse, avait été nourri dans leurs doctrines; Jacques les poursuivit sans pitié. Le puritanisme lui était encore plus odieux que la religion romaine; car les puritains supprimaient la hiérarchie ecclésiastique, et Jacques I" disait avec raison : PoûU d'évêques, point de roi. Le premier*des Slyarts se tint donc toute sa vie étroitement attaché à l’anglicanisme, persécutant les catholiques qui niaient sa suprématie religieuse, persécutant les non-conformistes, dont il redoutait les tendances républicaines. Il échoua dans sa tentative pour établir la religion anglicane en Écosse (1617), et les puritains, pour échapper à ses bourreaux, allèrent, en 1618, chercher en Amérique, vers le cap God, dans le Massachusetts, une terre où ils pussent prier Dieu à leur guise. D’autres les y suivront. Les États-Unis d’Amérique sortiront de là. Voilà comme la persécution réussit.

L’esprit de liberté renaissait pourtant sous un prince faible et prodigue, qui usait comme un parvenu du riche héritage que lui avait valu sa naissance. Élisabeth, grâce à son écono-

mie, avait pu ne convoquer que rarement les députés du pays. Jacques I" se trouva, dès son avènement, obéré par ses jMTofusions. Il réunit trois fois le parlement; trois fois il le prorogea presque aussitôt. Les chambres ne voulaient accorder-de subsides que si le roi cédait de sa prérogative; le roi ne promettait de garantie pour la liberté que si les chambres votaient d’abord les subsides. L’obstination fut égale des deux côtés. Jacques eut beau, en 1614, envoyer à la Tour cinq députés ; il ne put vaincre la résistance des Communes. Il ne fut pas plus heureux en 1617, et dut prononcer la dissolution du parlement.

Rien n’était mieux fait pour irriter à la fois et pour enhardir l’opposition parlementaire que le singulier mélange de hauteur et de faiblesse qui caractérisait Jacques P'. Il écrivait que le Tout-Puissant a placé les rois au-dessus de la loi ; et il se laissait gouverner par des ministres prévaricateurs, ou abandonnait le pouvoir à d’indignes favoris. Il avait d’abord continué ses fonctions à Robert Cecil, fils de lord Burleigh, qu’il avait trouvé ministre à la mort d’Élisabeth, et l’avait fait comte de Salisbury. Avide et peu scrupuleux, Cecil était du moins habile. Il fut en 1612 remplacé par un jeune Écossais, Robert Carr, que Jacques nomma successivement vicomte de Rochester et comte de Somerset, et qui, convaincu d’avoir empoisonné un de ses anciens amis, céda la place à ün autre favori de vingt-deux ans qui avait toutes lesgrâces du corps et de l’esprit, mais non la sagesse, George Villiers. En deux années, il fut fait chevalier, gentilhomme de la chambre, baron, vicomte, marquis de Buckingham, grand amiral, gardien des Cinq-Ports, enfin dispensateur absolu de tous les honneurs , offices et revenus des trois royaumes (1615).

Buckingham usa de son pouvoir avec, une scandaleuse avidité, et amassa en peu de temps d'immenses richesses qu’il dissipait par un luxe insensé. Le roi le laissait faire, car il faisait comme lui. Ne pouvant obtenir du parlement des subsides, U avait recours aux plus honteux trafics. On mit aux enchères les charges de la cour, les fonctions de juge; on créa de nouveaux titres qui furent vendus à beaux deniers comp-

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