‹ Histoire des temps modernesChapitre 168 sur 311 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tant; on fit d’iniques procès politiques pour confisquer les biens des prévenus, et cet exemple devint si contagieux, que le grand Bacon, alors chanceUer, se laissa aller à des concussions qui attirèrent sur lui une condamnation, de la part de la cour des pairs , à la prison et à l’énorme amende de 40 000 livres sterling ( 1 62 1 ). Le roi de son côté vendit en 1 6 1 6 aux États généraux pour 2 728 000 florins, les villes de Brielle, Flessingue et Bammekens, données à Élisabeth en gage des sommes avancées ou dépensées par elle pour le compte des Provinces-Unies. La meilleure part de cet argent passa bien vite dans la maison du favori, et la naüon s’indigna qu’on eût Lût ainsi trafic de son influence.

En dépit de ces expédients, le trésor restait vide. Jacques profita des périls que le protestantisme courait en Allemagne pour convoquer un nouveau parlement. Mais les Communes n’accordèrent de subsides qu’à la condition qu’il serait fait droit aux griefs de la nation. Le roi cassa encore l’assemblée (1622). Attiré par l’appât d’une riche dot, il résolut de marier son fils à une infante d’Espagne. Mais le projet échoua, grâce aux scandaleuses folies de Buckingham, et amena au contraire une guerre contre l’Espagne (1623). Pour avoir de l’argent, il fallut accorder aux commissaires du parlement le droit de percevoir l’impôt et d’en surveiller l’emploi, abolir les monopoles, et reconnaître solennellement la liberté individuelle. Jacques mourut peu de temps après (1" avril 1625). Il venait à peine de décider le mariage de son fils avec Henriette de France, sœur de Louis XIII.

Jacques I*'', ou maître Jacques, comme disait Henri IV, discutait beaucoup, il n’écrivait pas moins : ses principaux ^ ouvrages furent le Basilicon Doron et la Vraie loi des monarchies libres. Les Tudors avaient fondé, en fait, le pouvoir absolu ; le premier des Stuarts voulut le fonder en droit, et le second des ouvrages qu’on vient de citer est l’exposé dogmatique de cette théorie. Jacques y déclare que le roi commande et que le sujet obéit; que les rois régnent en vertu du droit divin, et que le Tout-Puissant, dont ils sont l’image, les a placés au-dessus de la loi; que, par conséquent, un

prince peut faire des statuts et punir sans l’intervention d’un parlement, et qu’il n’est pas lié à la stricte observation des lois de l’État.

Ce que le roi écrivait, le clergé anglican l’érigeait en dogme, et, dans ses canons de 1606, il recommandait expressément l’obéissance absolue envers le monarque.

Cette double affirmation était une double imprudence. Il y a des problèmes qu’il ne faut point poser, parce qu’ils provoquent des solutions contraires. Le despotisme peut vivre longtemps dans les faits, il ne peut se laisser discuter longtemps. Jacques I*' voulait être despote et ne savait pas l’être. Pendant qu’il écrivait la théorie de l’obéissance passive, la nation s’habituait par la discussion à la liberté, et y arrivera bientôt par une révolution

Charlen I» (t«*S

L’Angleterre attendait beaucoup de son nouveau roi. C’était un prince de mœurs graves et pures, appliqué, instruit, qui maintenait dans sa maison la règle et la décence. Ses manières et son air imposaient aux courtisans et plaisaient au peuple; ses vertus lui auraient valu l’estime des gens de bien, si la bonne foi y avait été jointe. Son avènement excita des sentiments unanimes de joie et d’espérance. Mais cette joie diminua quand on vit le roi donner sa confiance à Buckingham, et la nouvelle reine ne s’entourer que de catholiques. L’esprit défiant des réformés vit un péril sérieux dans les intrigues bruyantes, mais sans portée d’une femme imprudente.

Compromis par son entourage, Charles I" était, d’ailleurs, en dissentiment avec la nation sur les questions fondamentales du droit politique. Son père l’avait imbu des doctrines de l’absolutisme. Il voyait dans le reste de l’Europe les libertés communales vaincues, les prérogatives aristocratiques

L Sous Jacques I*', découvertes faites dans le nord de l’Amérique par Davis (1607); Hudson {16 (O); et Baffîn (t6l6); prise de possession des Bermudes (1609); mort de Sliakspcare à 53 ans (1615 ou 1616); apparition du premier journal régulier en Angleterre (1622)

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