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CHAPITRE XIX

anéanties, et le pouvoir des rois élevé au-dessus de toute contradiction et de toute entrave. Charles I" aimait- ses sujets; mais pour assurer leur bonheur, il entendait, comme les Tudors, garder sous clef leur liberté. Il oubliait ce qui avait amené, non la perte, mais l’éclipse des libertés publiques : la fatigue de trente années de guerre, durant la lutte des deux Roses; puis la question de la réforme qui, pendant , trente autres années, avait occupé tous les esprits; enfin la guerre avec Philippe II, où il s’était agi de l’existence même de l’Angleterre. En face de tels périls, le pays avait bien pu laisser ses rois prendre le pouvoir absolu; mais maintenant que l’Espagne était mourante, que la France ne menaçait pas encore, et que la question religieuse était décidément vidée, l'Angleterre voulait rentrer dans ses anciennes voies, et reprendre son ancien gouvernement représentatif momentanément suspendu.

L’amour pour les libertés publiques se réveillait, en effet, au sein de la bourgeoisie qui, enrichie sous Elisabeth et Jacques I*' par le commerce et par l’industrie , avait profité des prodigalités du roi et de ses courtisans pour devenir créancière de la noblesse et de la couronne. Elle sentait l’importance qu’elle avait dans l’État. Elle formait la majorité dans la chambre des Communes; elle exerçait toutes les professions libérales; elle était maîtresse des capitaux. Rien d’étonnant k ce qu’elle voulût maintenant prendre part au pouvoir, et contrôler les actes d’un gouvernement malhabile.

Une autre force poussait l’Angleterre dans cette voie. Le roi et les grands avaient bien fait, au seizième siècle, dans la religion, leur réforme tout aristocratique; le peuple n’avait pas fait la sienne, et cette réforme populaire, démocratique, radicale, commençait à poindre : c’était celle des puritains, Henri VIII et Élisabeth avaient constitué une Église officielle, très-richement dotée, et plus docile envers le pouvoir que ne l’avait jamais été l’Église catholique. Mais ce clergé, qui vivait dans la splendeur , prêchait l’obéissance absolue envers les princes , et se déclarait lui-même d’institution divine, ne satisfaisait point ceux à qui on avait mis la Bible à la main, et

qui ne voulaient plus y lire que le dévouement et la pauvreté des premiers lévites, que les imprécations des prophètes contre les tyrans, que la réprobation contre les habitudes idolâtriques de l’Église établie, contre sa hiérarchie, son culte, sa liturgie, et ses formules consacrées. Ceux qui demandent des libertés politiques, ceux qui demandent des libertés religieuses se rencontreront bientôt, et, réunis, feront une révolution dont ils se disputeront ensuite les résultats.

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