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CHAPITRE XIX

avait échoué^ en 1625, une tentative sur Cadix. Pour conjurer l’explosion du mécontentement public, Charles convoqua un troisième parlement. Mais l’échec de Buckingham avait enhardi les Communes. Elles arrivaient avec la résolution de renverser le favori et de réformer les abus. Elles adressèrent deux remontrances au roi, l’une contre la perception illégale des droits de douane, l’autre contre Buckingham, que l’on qualifiait d’entrepreneur de la misère publique. Charles perdit patience et prorogea le parlement; le fanatisme réformé trouva alors son Ravaillac. John Felton assassina Buckingham (1628), et l’année suivante le parlement formula la pétition des droits de la nation. C’était comme la seconde Grande Charte de l’Angleterre. Le roi l’accepta : il s’engageait donc à ne lever jamais d’impôt sans le consentement des chambres, à ne jamais emprisonner personne que selon les formes de la loi, h ne jamais établir de cours martiales. Mais quelques semaines étaient à peine écoulées, qu'il oubliait sa parole, renvoyait le parlement et jetait en prison les plus ardents des députés. Un d’eux, sir John Eliot, y mourut après plusieurs années de souffrances. Charles prit alors pour ministres deux hommes résolus, l’archevêque Laud et sir Thomas Wentworth, plus tard comte de Strafford, un des chefs de l’opposition dans le parlement et l’auteur du bill des droits, mais qui , dévoré d’ambition , ne recula point devant une apostasie et se proposa de jouer en Angleterre le rôle que jouait en ce moment Richelieu en France.

Charles resta onze années, espace plus long qu’il ne s’était jamais vu, sans réunir le parlement (mars 1629-avril 1640). Se passer des chambres, c’était se condamner à l’économie et à l’inaction. Le roi se hâta de conclure la paix avec la France et l’Espagne, et se tint à l’écart de la grande lutte engagée sur le continent entre les deux principes religieux qui se disputaient l’empire du monde. L’Angleterre, qu'Élisabeth avait mise h la tête du protestantisme, resta sous Charles !'■ étrangère à la guerre de Trente ans !

Méprisé au dehors, le roi n’en fut pas beaucoup plus fort au dedans. Il avait cru trouver le repos au sein du pouvoir absolu; mais, dans son propre palais, deux partis se dispu-

tæent déjà le despotisme naissant : la reine, autour de laquelle s agitaient bien des intrigues; les ministres, qui ne voulaient m du papisme, ni des dilapidations de HenrieUe. Le malheutTqu^r^^^^ ^ concilier ces rivalités domes-

Ge gouvernement si faible n’en était pas moins tyrannique. Des impôts non votes, comme le ship-money (1634) et par conséquent illégaux, étaient établis; les adversaires de la cour étaient emprisonnés sans jugement et condamnés par la chambre etoilee ou par le conseil d’York que Strafford présidait. Laud et sa haute commission, vrai tribunal du saintoffice, poursuivaient les dissidents avec une incroyable barbarie. Ainsi le docteur Leighton était, pour une brochure condamné au pilon, au fouet, à la mutilation des oreilles • après quoi, le bourreau lui fendit le nez, lui marqua la figure d un fer rouge. Memes peines contre l’avocat Prynne, contre Bastwick, contre le ministre Burton. Même héroïsme aussi chez ces nouveaux martyrs, et la persécution doublait chaque jour le nombre de leurs adhérents. « Chrétiens, disait Prynne mis sur le pilori, si nous avions fait cas de notre liberté nous ne serions pas ici; c’est pour votre liberté à tous que’ nous avons compromis la nôtre : gardez-la bien, je vous en conjure, tenez ferme, soyez fidèles à la cause de Dieu et du pays • autrement vous tomberez, vous et vos enfants, dans une éternelle servitude. » Les sectes puritaines se multipliaient, malgré l’ardeur inquisitoriale du primai Laud, et d’intrépides soldats se préparaient pour la lutte prochaine.

G est aussi vers cette époque que les émigrations en Amérique s accrurent, au point qu’on estime à plus de 1 2 millions de francs les valeurs sorties du pays. A des titres divers le gouvernement était' si odieux, que des milliers d’hommes se détachaient de la patrie. En 1627, des puritains allèrent rejoindre autour de la baie de Massachusetts les émigrés de 1618; trois ans plus tard, les colonies du New-Hampshire et du Maine étaient fondées. Le gouvernement s’alarma de ce' déplacement de populations désaffectionnées. Un ordre du conseil interdit les Ànigrations aux dissidents. A ce moment, huit navires prêts à partir étaient à l’ancre dans la Tamise :

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