CHAPITRE XIX
sur un d’eux était déjà monté Cromwell. 11 obéit, mais d’autres continuèrent à chercher un sol plus hospitalier. De 1635 à 1637 se formèrent les colonies de Connecticut, de Rhode- Island et de la Providence.
Le procès de Hampden aurait dû pourtant éclairer le roi et ses ministres (1636). L’immense popularité qui entoura aussitôt ce grand citoyen, parce qu’il avait su opposer à l’impôt du ship-money ou taxe des vaisseaux un refus cahne et une résistance légale, indiquait assez au pouvoir que sa politique était contraire au sentiment de la nation. Les ministres s’obstinèrent dans leur aveuglement. Strafford, vice-roi d’Irlande, y avait organisé une armée permanente, grâce à laquelle il pouvait se vanter d’avoir rendu dans l’ile le roi aussi absolu que quelque prince qu’il y eût au monde. Laud, de son côté, traquait les non-conformistes et les punissait avec une telle rigueur, que toute l’Angleterre prit le masque de la soumission religieuse. A la veille même de la révolution, les évêques lui écrivaient qu’ils ne pouvaient plus trouver un dissident dans leurs diocèses , comme les ministres de Louis XIV lui annonçaient, après la révocation de l’édit de Nantes, qu’il n’y avait plus de protestants dans le royaume. Laud voulut étendre sa victoire sur la presbytérienne Écosse et lui imposer une liturgie nouvelle qui se rapprochait de la liturgie catholique. Une émeute éclata à Edimbourg (1637). Le roi refusa de céder. Alors les presbytériens formèrent, sous le nom de Covenant, une association à la fois politique et religieuse qui compta bientôt pour adhérents la population écossaise tout entière (1638). Charles marcha avec 20 000 hommes contre les covenantaires ; mais il n’osa livrer bataille et accorda aux rebelles l’abolition de la liturgie de Laud (1639).
C’était un échec grave ; Charles, à bout de ressources , convoqua un quatrième parlement ; cette assemblée refusa d’accorder le moindre subside avant qu’il eût été fait droit aux griefs de la nation. Elle demandait que le roi fût tenu de convoquer le parlement tous les trois ans, que l’indépendance des élections et des débats fût assurée, que la liberté politique fût fermement garantie. « Il faut, dit 'Strafford, que Charles avait rappelé d’Irlande, faire rentrer à coups de fouet
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ces gens-là dans leur bon sens, » et le petit-parlement lut dissous. Mais l’armée anglaise, pleine de sympathie pour ses frères d’Écosse , se dispersa plutôt que de combattre , et Strafford fut contraint de se replier sur York (1640). La royauté était acculée à une impasse. Elle avait tiré l’épée, et pour soutenir la guerre elle n’avait pas un écu. Le système des confiscations , des amendes , des taxes arbitraires était ^
épuisé , Charles s’avouant vaincu recourut à un cinquième î
parlement. « Ce fut cette assemblée fameuse qui, en dépit iC*
de bien des fautes et de bien des malheurs, a de justes titres ^
à la reconnaissance de tous ceux qui, dans toutes les parties du monde, jouissent des bienfaits du gouvernement constitutionnel (lord Macaulay). »
l.e Ions parlement (lAM-lAM).
Après onze ans de despotisme, Charles I", en faisant appel au pays, donnait un démenti éclatant au système qu’il avait suivi jusqu’alofs. Le roi reconnaissait son impuissance à gouverner seul l’Angleterre^Il appartenait aux Communes de se faire leur part légitime ; mais la liberté , trop longtemps opprimée, voulut prendre une revanche, et, comme il arrive toujours, dépassa le but. Le parlement s’empara de l’autorité. Perception et administration de l’impôt, emprunts, jugements même, il envahit toutes les fonctions ; tous les droits du pou- ; voir exécutif. Il abolit les tribunaux exceptionnels, proclama f sa périodicité, enfin décréta d’accusation le comte de Strafford, en qui se personnifiait toute la politique royale depuis onze ans.
Ce procès excita un intérêt immense. Au fond, c’était le procès de la royauté, avant le procès du roi. Habile, éloquent, courageux, l’accusé montra en face du péril une grandeur d’âme qui a fait oublier ses fautes. ■*« Pendant dix-sept jours il discuta, seul contre treize accusateurs qui se relevaient tour à tour, les faits qui lui étaient imputés. Un grand nombre furent prouvés pleins d’iniquité et de tyrannie ; mais d’autres, exagérés, ou accueillis par la haine, furent faciles à repousser, et aucun ne rentrait, à vrai dire, dans la définition légale de