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CHAPITRE XIX

la haute trahison. Strafford mit tous ses soins à les dépouiller de ce caractère, parlant noblement de ses imperfections, de ses faiblesses, opposant à la violence de ses adversaires une dignité modeste , faisant ressortir, sans injures , l’illégalité passionnée de leurs procédés. D’odieuses entraves gênaient sa défense; ses conseils, obtenus à grand’peine et malgré les Communes, n’étaient point admis à parler sur les faits ni à interroger les témoins ; la permission de citer des témoins à décharge ne lui avait été accordée que trois jours avant l’ouverture des débats, et la plupart étaient en Irlande. Dans chaque occasion, il réclamait son droit, remerciait ses juges, s’ils consentaient à le reconnaître, ne se plaignait point de leur refus, et répondait simplement à ses ennemis qui se courrouçaient des lenteurs suscitées par son habile résistance : « Il m’appartient, je crois, de défendre ma vie aussi bien qu’à tout autre de l’attaquer »

La chambre des lords allait l’absoudre ; les Communes, par un bill d'attainder*, le mirent hors la loi. Charles seul pouvait le sauver en refusant de sanctionner le bill. Strafford se sacrifia dans une lettre sublimé. Le roi eut la faiblesse d’accepter ce sacrifice et signa l’arrêt de mort de son ministre. Strafford, pour toute réponse, leva les mains au ciel et murmura ; Nolite confidere principibus et filiis hominum, quia non est salus in illis. Le gouverneur de la Tour l’engageait à prendre une voiture pour échapper aux violences du peuple ; il refusa et sortit à pied, précédant les gardes et promenant de tous côtés ses regards, comme s’il eût marché à la tête de ses soldats. Arrivé sur l’échafaud : « Je souhaite, dit-il, à ce royaume toutes les prospérités de la terre ; vivant, je l’ai tou-

1. Guizot, Histoire delà révolution d’ Angleterre, t. I, p. t75.

2. Un bill i’attainder est une loi votée contre un particulier. En Angleterre, pour condamner un accusé, il faut non-seulement que les juges soient convaincus de sa culpabilité, mais qu'il y ait une preuve légale, que deux témoins au moins déposent contre l’accusé. Or, pour atteindre un homme prcsnmé coupable de haute trahison, et qu’il ne serait pas possible de faire condamner par la loi, on porte contre lui un bill d’attainder, qui est discuté dans les chambres .comme une loi générale. Strafford fut ainsi déclaré coupable et condamné, non par nn jugement légal, mais par un acte législatif du parlement. Par le bill d'attainder les enfants eux-mémes de la victime sont frappés. Ils ne peuvent hériter de ses biens, litres ei honneurs.

jours fait; mourant, c’est mon seul vœu. Mais je supplie chacun de ceux qui m’écoutent d’examiner sérieusement, et la main sur le cœur, si le début de la réformation d’un royaume doit être écrit en caractères de sang ; pensez-y bien en rentrant chez vous. » Puis il posa si tête sur le billot et donna lui-même le signal (27 mai 1641). Laud, mis en prison en même temps que Strafford, ne fut condamné et exécuté que quatre ans après.

Le supplice du comte de Strafford, du grand délinquant, comme on l’appelait, frappa de terreur tous les agents du pouvoir, et livra entièrement aux deux chambres l’autorité royale. Sur ces entrefaites, les Irlandais se révoltèrent et massacrèrent 40 000 protestants anglais. Les intrigues catholiques de la reine rendaient le roi suspect, et lui-même, en essayant de surprendre en Écosse les chefs covenantaires Argyle et HamUton, autorisait la croyance à un vaste complot formé par la cour contre les meneurs populaires. Lorsqu’il demanda les moyens de réduire l’Irlande, le parlement répondit par une amère remontrance, où se trouvaient énumérés tous les griefs de la nation depuis le commencement du règne. En même temps on accordait aux Écossais 300 000 livres sterling, à titre d’indemnité et de récompense, et l’on votait le bill de la milice, par lequel le parlement devait intervenir dans l’organisation de l’armée et la nomination de ses chefs.

Charles tenta un coup d’État pour ressaisir le pouvoir ; il vint en personne au parlement arrêter les chefs de l’opposition. Mais la chambre refusa de livrer les députés, et devant l’attitude menaçante du peuple le roi n’osa employer la force. Il quitta Londres, pour commencer la guerre civile (1642).

Le parti du parlement avait la capitale, les grandes villes, les ports, la flotte. Le roi avait la plus grande partie de la noblesse, plus exercée aux armes que les troupes parlementaires. Dans les comtés du nord et de l’ouest, les royalistes ou cavaliers dominaient ; les parlementaires ou têtes rondes dans ceux de l’est, du centre et du sud-est, les plus peuplés, les plus riches, et qui, contigus d’ailleurs, formaient comme une ceinture autour de Londres.

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