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CHAPITRE XIX

Le roi eut d’abord l’avantage. De Nottingham, où il avait arboré son étendard, il marcha vers les comtés de l’ouest, plus favorables à sa cause, pour y recruter des volontaires, rencontra à Worcester l’armée du parlement, mais sans engj^er avec elle un choc à fond, et prit la route de Londres. Esse.v, pour l’arrêter, livra la sanglante et indécise bataille d’Edgehill (24 octobre 1642). Charles, n’espérant plus emporter sa capitale par surprise, se retira sur Oxford, où il prit ses quartiers d’hiver, attendant les secours que la reine devait lui amener de Hollande. La campagne suivante s’ouvrit bien pour lui ; partout les troupes parlementaires furent battues, et nombre de villes dans le nord et le sud-ouest furent prises. Mais le parlement redoubla d’énergie : plusieurs membres des Communes prirent les armes. Hampden leva parmi ses propres tenanciers, ses amis et ses voisins, un régiment d’infanterie qui fut bientôt renommé par sa discipline et son courage. Olivier Cromwell, qui commençait alors à sortir de l'obscurité, forma dans les comtés de ,1’est, avec les fils de fermiers et les petits propriétaires, des escadrons d’élite qui opposèrent l’enthousiasme religieux aux sentiments d’honneur qui animaient les cavaliers. Le roi assiéga Glocester, la seule ville qui gênât encore ses mouvements dans l’ouest. Elle fit une résistance héroïque qui donna le temps au parlement de rassembler ses forces. A l’approche dTEssex, Charles se retira, mais manœuvra de manière à couper au comte la route de Londres, et se posta à Newbury ; les parlementaires passèrent sur le corps de son armée, après une lutte acharnée, où périt lord Falkland, l’honneur du parti royaliste. Cette victoire décida le parlement h s’unir aux Écossais ; un Covenant solennel fut juré entre les deux peuples. De son côté, le roi essaya de soulever les Highlanders, et traita avec les catholiques d’Irlande qui étaient toujours en armes depuis le grand massacre. Il rappela auprès de lui les troupes chargées de les combattre (1643).

Le parlement n’était qu’une coalition de partis opposés. Unis contre leé prétentions absolutistes du roi, ils ne s’accordaient plus sur les conditions du gouvernement. Les presbytrriens, qui abolissaient la hiérarchie dans l’Église, voulaient

la conserver dans l'Etat; les indépendants repoussaient la pairie comme l’épiscopat, la souveraineté politique du roi comme sa suprématie religieuse. Plus hardis que leurs rivaux et plus conséquents, ils faisaient appel aux sentiments les plus énei^ques du cœur humain, l’amour de la liberté et le besoin de l’égalité. Autour d’eux se groupaient les mille sectes issues du puritanisme : niveleurs, anabaptistes, millénaires. Enhn ils avaient à leur tête des hommes d’une habileté profonde : Ludlow, Vane, Haslerig, et surtout Olivier Cromwell. Tout en ce dernier leur avait plu d’abord : son exaltation religieuse, son empressement à se faire l’égal et le compagnon de ses plus grossiers amis, ce langage mystique et familier, ces manières tour à tour triviales et enthousiastes qui lui donnaient l’air, tantôt de l’inspiration, tantôt de la franchise, même oe libre et souple génie qui semblait mettre au service d’une cause sainte toutes les ressources de l’habileté mondaine. Aussi avait-il l)ientôt acquis sur eux un puissant empire.

Si la discorde régnait parmi les parlementaires, elle existait aussi dans le parti royaliste. A Oxford, comme à Whitehall, la cour était divisée par de misérables intrigues. Un parlement que Charles composa avec ses fidèles fut inutile, et, malgré sa docile complaisance, irrita le roi, qui l’ajourna pour se délivrer de ce qu’il appelait de lâches et séditieuses motions, tant l’ombre même. d’une libre discussion lui était importune.

La campagne de 1644. fut remarquable par un grand déploiement de forces des deux côtés. L’armée royale du nord, commandée par le prince Robert, fut complètement battue à Marston-Moor, près d’York (2 juillet). Ce grand succès était dû au génie de Cromwell et à l’invincible ténacité de ses escadrons. Ils gagnèrent sur le champ de bataille le surnom de côtes de fer. Dans le sud, Essex et Waller, les généraux presbytériens, éprouvaient défaite sur défaite; le premier était réduit à capituler. En Écosse, le vaillant comte de Montrose avait débarqué avec des bandes irlandaises, soulevé les Highlanders et remporté coup sur coup deux victoires. Le roi pour la troisième fois marchait sur Londrçs; le peuple fermait les boutiques, priait et jeûnait, lorsqu’on apprit que

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