CHAPITRE XIX
Charles venait d’être battu h Newbury par Cromwell et Manchester. Les parlementaires avaient fait des prodiges : à la vue des canons qu’ils avaient perdus naguère dans le comté de Cornouailles, ils s’étaient précipités sur les batteries royales, avaient ressaisi leurs pièces, et les avaient ramenées en les embrassant.
Les succès de Cromwell rendirent plus audacieux le parti des indépendants. En minorité dans le parlement, ils s’emparèrent de la guerre par le bill célèbre du renoncement qui exclut les députés, c’est-à-dire la première génération parlementaire des fonctions publiques, faute qui fut renouvelée par notre première assemblée constituante (1645). Le comte d’Essex, général des presbytériens, donna sa démission ; un indépendant lui succéda, Fairfax, sur qui Cromwell exerçait un empire absolu.
Les indépendants, maîtres de l’armée, agirent d’ailleurs avec promptitude : ils écrasèrent à Naseby la dernière armée du roi (1645). On trouva dans les bagages de Charles la preuve qu’en dépit de ses protestations il avait invoqué l’appui des étrangers et particulièrement celui des Irlandais. En même temps, Montrose était surpris et battu par les covenantaires écossais. Le prince Robert rendait Bristol sans coup férir. Le roi, désespéré, se retira par lassitude plutôt que par choix dans le camp des Écossais, où le résident de France lui faisait espérer un asile, et où il s’aperçut bientôt qu’il était prisonnier (1646). Les Écossais le livrèrent au parlement pour 400000 sterling (1647).
Les presbytériens et les indépendants avaient eu peine à s’entendre pendant la lutte, en face du péril; ce fut bien pis après la victoire. Comme les presbytériens dominaient dans le parlement et leurs adversaires dans l’armée, l’antagonisme éclata entre ces deux corps. Le parlement, sous prétexte que la guerre était finie, voulut licencier une partie des troupes. Alors une fermentation menaçante se manifesta parmi les soldats. - L’armée adressa aux communes des suppliques qui pouvaient passer pour des ordres. La Chambre les repoussa avec énergie. « Ces gens-là, dit Cromwell, n’auront pas de repos que l’armée ne les ait mis dehors par
les oreilles. » Il allait se charger lui-même d’accomplir la prédiction.
Peu s’en fallut que ces dissensions ne fissent regagner à Charles tout le terrain qu’il avait perdu. Les deux partis se disputèrent le roi. Un détachement de l’armée l’enleva d’Homlby, où il était à la discrétion du parlement. Cromwell et les généraux indépendants négocièrent avec lui. Mais Charles n’était pas sincère. « Sois tranquille sur les concessions que je pourrai faire, écrivait-il à la reine. Je saurai bien, quand il en sera temps, comment il faut se conduire avec ces drôles-là, et au lieu d’une jarretière de soie, je les accommoderai d’une jarretière de chanvre. » Cromwell intercepta la lettre pt résolut dès lors la ruine du roi. Charles, auquel il fit passer des avis menaçants, s’échappa et se réfugia dans l’ile de Wight, dont le gouverneur était une créature de Cromwell (1648).
Cette fuite du roi fut pour les cavaliers le signal d’une • nouvelle prise d’armes et d’une seconde guerre civile. Mais Cromwell, qui venait de rétablir la discipline parmi ses soldats, en intimidant les niveleurs, saisit avec joie l’occasion de recouvrer son influence par la guerre. Il vainquit les royalistes dans le pays de Galles, tandis que Fairfax les battait autour de Londres, et les Écossais ayant envahi l’Angleterre, il courut à leur rencontre et les écrasa à Preston.
Cependant les presbytériens, plus hardis en son absence, ouvrirent avec Charles I" une nouvelle négociation, et, après quelques conférences, firent déclarer par la Chambre des Communes que les concessions du roi offraient des bases suffisantes pour traiter de la paix. Aussitôt Cromwell fit enlever le prince de l’île de Wight, et purgea le parlement. Tous les presbytériens furent expulsés; l’assemblée se trouva réduite à quatre-vingts membres, et aucune voix ne vint plus troubler le parti des indépendants dans sa victoire. Le procès du roi commença. Charles comparut devant une haute cour de justice présidée par John Bradshaw, cousin de Milton, et dirigée par Cromwell. Il refusa de les reconnaître pour juges, mais n’en fut pas moins condamné et, malgré l’intervention des ambassadeurs hollandais, exécuté. Il montra sur l’échafaud un ad-