‹ Histoire des temps modernesChapitre 176 sur 311 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

mirable sang-froid, ne regrettant de tous ses actes que sa faiblesse lors du procès de Strafford. « Que Dieu me préserve, dit-il, de me plaindre 1 L’injuste sentence dont j’ai permis l’exécution à l’égard de Strafford est punie maintenant par une autre sentence injuste. » (9 février 1649.)

« Il s’écoula peu de temps avant qu’il ne fût manifeste que les fanatiques religieux et politiques, auxquels on doit attribuer cet acte, avaient commis non-seulement un crime , mais encore une erreur. Ils avaient donné à un prince , connu jusqu’alors de son peuple surtout par ses défauts, l’occasion de déployer sur un grand théâtre, aux yeux de toutes les nations et de tous les siècles , quelques-unes des qualités qui attirent irrésistiblement l’admiration et l’amour du genre humain, le courage élevé d’un brave gentilhomme, la patience et la douceur d’un chrétien pénitent. Bien plus , ils avaient exécuté leur vengeance de telle sorte que cet homme, dont • toute la vie se composait d’une succession d’attaques contre les libertés de l’Angleterre , semblait maintenant mourir martyr de ces mêmes libertés. Jamais démagogue ne fit autant d’impression sur l’esprit public que ce roi captif qui, gardant dans cette extrémité toute sa dignité royale et affrontant la mort avec un courage indomptable, exprima luimême les sentiments de son peuple opprimé, refusa virilemfent de se justifier devant une cour illégalement formée , en appela de la violence militaire aux principes de la constitution, demanda de quel droit la Chambre des Communes^ avait été diminuée de ses membres les plus respectables, de quel droit la Chambre des Lords avait été privée de ses fonctions législatives, et avertit ses auditeurs, fondant en larmes, qu’il ne défendait pas seulement sa cause, mais la leur. Les longues exactions de son mauvais gouvernement , ses innombrables perfidies, furent oubliées. Sa mémoire s’associa dans l’esprit de la grande majorité de ses sujets avec ces institutions libres que pendant tant d’années il avait travaillé à détruire, car ces institutions libres avaient péri avec lui et n’avaient été défendues que par sa voix seule, au milieu du morne silence d’une société compiimée par les armes. Dès ce jour commença une réaction en faveur de la monarchie et de la maison royale-

exilée, réaction qui ne s’arrêta que lorsque le trône eut été rétabli dans son ancienne splendeur. • (Macaulay.)

république d’Angleterre

Les indépendants avaient proclamé la république. Mais l’Écosse protesta. Elle se souvenait maintenant que les Stuarts étaient de race écossaise, et le sentiment national se réveilla si vif, à la nouvelle du supplice de Charles, que le duc d’Argyle, gouverneur au nom du parlement, se laissa 'entraîner : Charles U , fils aîné du feu roi , fut proclamé roi d’Écosse, d’Angleterre, de France et d’Irlande, à condition qu’il reconnaîtrait le Covenant. Charles retiré à la Haye, en Hollande, refusa de souscrire aux clauses qu’on lui voulait imposer, et, dédaignant les presbytériens d’Ecosse, se rendit en France auprès de sa mère Henriette, pour aller de là rejoindre les royalistes irlandais.

C’en était fait de la domination anglaise et de l’oppression * protestante en Irlande, si l’union du prétendant et des rebelles se consommait. Le parlement d’Angleterre se hâta de nommer Cromwell lord lieutenant d’Irlande. Il ne voulut partir qu’avec des forces immenses. Outre l’armée ordinaire de 45 000 hommes, il obtint un corps de 1 2 000 vétérans, et rien de ce qu’il demanda en argent, vivres ou mimitions ne lui fut refusé. Déjà les royalistes venaient d’être mis en pleine déroute près de Dublin, à la journée de Rathmines. Cromwell alla recueillir les fruits de cette grande victoire, et ouvrit la campagne par le siège de Drogheda. La ville fut prise d’assaut : on égorgea toute la garnison; plus de 1000 habitants, qui s’étaient réfugiés dans la cathédrale, eurent le même sort. Ces scènes horribles se renouvelèrent un mois après à Wexford. Habitants, soldats, tout fut passé au fil de l’épée. On tua jusqu’aux femmes (1649). Une telle barbarie poussa les Irlandais au désespoir : Kilkenny et Clonmell se défendirent avec tant d’énergie, que le lord lieutenant dut leur accorder ime capitulation honorable (1630). An milieu de ces succès, dopt la gloire était tachée de sang, Cromwell fut rappelé en Angleterre par les progrès menaçants des Ecossais.

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