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CHAPITRE XIX

Le désastre de Rathmines avait empêché Charles II d’aborder en Irlande, et l’avait réduit à renouer ses négociations avec les presbytériens d’Écosse. Avant d’accepter les conditions si dures au prix desquelles ils lui offraient la couronne, il tenta de la conquérir par l’épée du vaillant comte de Montrose. Cet homme héroïque était débarqué en Écosse avec 1200 hommes; mais les montagnards refusèrent de se joindre à lui, et il fut écrasé par les presbytériens à Corbiesdale. On le condamna à être pendu k une potence de trente pieds de , haut. Sa tête devait être exposée sur une pique à Édimbourg, ses bras sur les portes de Perth et de Stirling, ses jambes sur celles de Glascow et d’Aberdeen. Il répondit qu’il se glorifiait I de son sort, et regrettait seulement de n’avoir pas assez de I membres pour fournir à toutes les villes du royaume une preuve de sa loyauté. Comme dernière ignominie, l’exécutenr suspendit k son cou sa récente proclamation avec l’histoire ^ de ses premiers exploits. Il sourit en disant que ses ennemis ^ lui donnaient une décoration plus brillante que l’ordre de la Jarretière dont son souverain l’avait honoré. Charles II s’empressa de désavouer Montrose, accepta sans réserve toutes les demandes des commissaires écossais, jura de ne jamais permettre le libre exercice de la religion catholique en Écosse, ni en aucune autre partie de ses États, et quitta aussitôt la Hollande pour venir prendre possession du trône qui lui était offert.

Ainsi l’alliance du roi et des presbytériens se trouvait enfin conclue et signée sur le cadavre du plus héroïque des chefs royalistes. Les indépendants comprirent la gravité du péril et rappelèrent Cromwell. Il passa la Tweed avec 1 6 000 vieux soldats. Le général écossais, David Leslie, malgré la supériorité numérique de ses troupes, se garda bien de hasarder une bataille, et se tint obstinément un mois dans ses retranchements. Il voulait user l’armée anglaise; mais l’ardeur insensée des ministres presbytériens l’emporta. Ils contraignirent Leslie k attaquer. L’action s’engagea près de Dunbar. Au premier choc, les indépendants furent culbutés; Cromwell avec son régiment de piquiers rétablit le combat, mit les Écossais en pleine déroute, leur tua 3000 hommes, en prit

1 0 000 avec l’artillerie, les munitions et le bagage. Édimbourg et LeiA se rendirent sans résistance (1650).

La défaite de ûunbar fut pour Charles II plus avantageuse qu’une victoire. Elle diminua le rigorisme aveugle des ministres, et donna au roi de la circonspection. En affectant d’aimer le Govenant, il se concilia les presbytériens; en donnant la préférence aux Hamilton sur les Campbell, il gagna les royalistes. Ainsi les deux partis qui divisaient l’Écosse depuis un siècle se réunirent sous la bannière de Charles II, les presbytériens parce qu’ils croyaient à sa sincérité, les royalistes parce qu’ils n’y croyaient pas. Il fut solennellement couronné à Scone le 1" janvier 1651.^

Devenu vraiment roi d’Écosse et maître de l’armée, il entreprit de porter la guerre au cœur même de l’Angleterre, pour rallier sur sa route les nombreux partisans sur lesquels

11 comptait. Il trompa Cromwell, se dirigea rapidement vers le midi et marcha droit sur Londres. Mais les royalistes anglais ne bougèrent pas : à peine quelques milliers de cavaliers répondirent-ils à l’appel du prince, et Cromwell accourut avec 40 000 hommes. Ce fut près de Worcester que la rencontre eut lieu. Après une lutte acharnée, où Charles montra une extrême bravoure, l’armée royale fut dispersée et la ville prise. C’était le 3 septembre, le jour anniversaire de la victoire de Dunbar (1651). Charles II n’échappa que par miracle aux actives recherches de ses ennemis. Les diverses péripéties de sa fuite montrèrent, en même temps que son rare sang-froid, le nombre et le dévouement tardif des royalistes anglais. L’Écosse était enfin domptée, comme l’Irlande, et toutes deux l'étaient pour la première fois.

Ainsi la révolution triomphait au dedans : au dehors, elle déclarait la guerre à la Hollande. JJ acte de navigation fut une attaque directe contre le commerce des Provinces-Unies (9 oct. 1651). Cet acte célèbre interdisait l’entrée des ports anglais à tout vaisseau chargé de marchandises qui n’étaient pas un produit du sol ou du travail national du peuple dont le navire portait le pavillon, et aucune marchandise d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique ne pouvait être importée que sur des vaisseaux anglais. Cette loi, qui a fait la fortune navale de

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