CHAPITRE XX
iirmer tous les décrets rendus par la chambre de Saint-Louis ; c’était le jour même où la paix de Westphalie avait été signée, le 24 octobre 1648. Le parlement se trouvait comme investi du pouvoir législatif, et se comparait aux députés du parlement d’Angleterre, élus et représentants de la nation.
En cédant, le premier ministre n’avait voulu que gagner du temps : quand il fut délivré de la guerre étrangère, il résolut d’en finir avec cette faction des gens du roi qui assassinaient V autorité royale. Le 6 janvier 1649, Anne d’Autriche sortit de Paris avec ses enfants, et appela des troupes autour d’elle. Le parlement, incapable de lutter seul contre la cour, demanda ou accepta les services des princes et des jeunes seigneurs qui pouvaient s’amuser à la guerre civile sous un ministre qui ne savait plus faire tomber les têtes. C’était le prince de Gonti, frère du grand Coudé, le duc de Longueville, qui avait épousé leur sœur, le duc de Bouillon, qui regrettait toujours Sedan, le duc de La Rochefoucauld, et même le sageTurenne, entraîné par son frère et par la duchesse de Longueville. L’âme du complot était Paul de Condi, alors coadjuteur de son oncle, archevêque de Paris, et plus tard cardinal de Retz. C’était un homme de mœurs très-légères, malgré sa robe, mais d’infiniment d’esprit et qui n’aspirait qu’à l’héritage de Richelieu. Il se croyait l’étoffe d'un grand homme et le faisait croire aux autres ; les circonstances n’en firent qu’un brouillon. Condi gouvernait Paris avec des sermons, des aumônes et des couplets. Il gagna le duc de Beaufort, petit-fils de Henri IV, et essaya de gagner aussi Coudé ; mais le prince répondit avec fierté à ses avances ; « Je m’appelle Louis de Bourbon, et ne veux point ébranler les couronnes. >
La lutte qui commença alors mérita le nom que l’histoire lui a conservé, celui d’un jeu d’enfants : la Fronde. Le parlement nomma des généraux et chacun se taxa pour lever des troupes. Vingt conseillers, créés par Richelieu, donnèrent chacun 15 000 livres pour acheter la tolérance de leurs confrères, et ceux qui ne trouvaient ni un écu ni un soldat pour le gouvernement réunirent 10 millions et 12 000 hommes. Par arrêt du parlement, chaque porte cochère fournit un homme et un cheval. Cette cavalerie fut appelée la cavalerie
des portes cochères. Le coadjuteur, archevêque titulaire de Corinthe, avait un régiment qu’on nommait le régiment de Corinthe : ce régiment ayant été battu, on appela son échec la première aux Corinthiens. Les vingt conseillers, qui avaient fourni chacun 15 000 livres n’eurent d’autre honneur que d’être appelés les quinze-vingts.
Les gens du roi furent les premiers à vouloir se retirer de cette bagarre. Ils avaient bien vite reconnu que les seigneurs ne cherchaient qu’à perpétuer le désordre pour bouleverser l’État. Quand le parlement sut qu’ils avaient signé un traité avec l’Espagne, cette trahison décida les plus opposants, et le premier président, Mathieu Molé, fut chargé de traiter avec Mazarin. La convention de Ruel diminua certains impôts, autorisa les assemblées des chambres, et ramena, après quelque hésitation, la cour à Paris (avril 1649).
La paix ne dura guère. Coudé voulait dominer le gouver- ^ nement qu’il avait protégé. Il fatigua k régente et le premier ministre par des exigences continuelles; il les humilia par des insolences de mauvais goût. Il écrivait au cardinal : AU'illustrissimo signor Faquino ; il lui disait un jour en prenant congé de lui : Adieu, Mars! En même temps qu’il s’aliénait la cour, il mécontentait les anciens frondeurs : il ne parlait qu’avec mépris de ces bourgeois qui prétendaient à gouverner l’État; il s’entourait de jeunes seigneurs, vains et présomptueux, qui poussèrent à l’extrême les défauts de leur chef, et qu’on appela les petits-maîtres. U ne fut pas difficile à Mazarin de réunir tout le monde contre ce prince, « qui savait mieux gagner des batailles que des cœurs ; » et il le fit arrêter dans le Louvre, avec son frère le prince de Conti, et son beaufrère le duc de Longueville (janvier 1650).
Un soulèvement éclata dans quelques provinces, mais il fut réprimé facilement. Bordeaux se soumit ; et du Plessis-Praslin battit à Rethel le maréchal de Turenne, qui venait d’envalûr la Champagne avec une armée espagnole (décembre 1650). Mais Mazarin se crut trop tôt vainqueur. Il avait promis au coadjuteur le chapeau ùe carùmal, pour le rattacher aux intérêts de la reine : après l’événemerii il oublia sa promesse, suivant son habitude. Le coadjuteur se rapprocha du parti de