CHAPITRE XX
Gondé, ranima les défiances du parlement, agita le peuple ; et les deux Frondes, unies momentanément par ses soins, forcèrent Anne d’Autriche à délivrer les princes et à chasser du royaume son premier ministre. Mazarin se relira à Cologne, et de son exil continua de gouverner la reine et la France (février 1651). Retz eut enfin le chapeau,
Gondé ne put rester longtemps d’accord avec ses nouveaux alUés. Il avait cru que la reine lui donnerait toute influence en dédommagement de ses deux ans de captivité ; et Mazarin gouvernait du fond de son exil. Irrité de l’isolement où on le laissait, il se jeta dans de plus coupables aventures. R partit pour le Midi , résolut à conquérir, par les armes , le pouvoir et peut-être même le trône , si nous en croyons les Mémoires d’un de ses compagnons de révolte, le comte de Cohgny. Il alla soulever la Guienne et traiter avec l’Espagne, tandis que ses amis préparaient la guerre dans le centre de la France. Mazarin, qui était aussitôt rentré en France (décembre 1651), confia le commandement des troupes au vicomte de Turenne, alors revenu à la cause royale. Le maréchal se dirigea vers la Loire pour surprendre l’armée des princes. On croyait Gondé à cent lieues de là ; mais il avait traversé à cheval la moitié de la France, seul, déguisé. A peine arrivé, il fond sur les quartiers du maréchal d’Hocquincourt, à Bléneau, et les disperse (avril 1652). Les fuyards se sauvent à Briare, où était Turenne : il court à cheval sur une éminence d’où il peut dominer la plaine ; il observe, à la lueur des villages incendiés, les dispositions du combat, et dit ; « Monsieur le prince est arrivé ; c’est lui qui commande son armée. » La cour épouvantée parlait de fuir à Bourges ; Turenne ras'sure les esprits, et à force d’audace et de prudence, avec 4000 hommes contre 12 000, empêche les ennemis de poursuivre leur avantage. « Monsieur le maréchal , dit la reine en pleurant , vous avez sauvé l’État ; et sans vous il n’y eût pas eu une ville qui n’eût fermé ses portes au roi. »
Pour qui serait Paris? Les deux armées vinrent le demander aux Parisiens eux-mêmes ^ qui iérmèrent les portes aux deux partis. Ils se trouvèrent alors en présence au faubourg &aiui-Antoine. La bataille fut sanglante et longtemps indé-
Oigmzea oy
cise. A la fin, l’armée frondeuse, menacée sur ses flancs, allait être enveloppée et détruite , quand Mademoiselle , fille de Gaston d’Orléans, fit ouvrir les portes à Gondé et tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales : Turenne étonné recula. Mais Gondé ne put demeurer longtemps à Paris, où sa gloire fut tachée par un massacre des Mazarins , qu’il laissa faire s'il ne l’ordonna pas. Il sortit de la ville le 18 octobre, et se retira en Flandre, au milieu , des Espagnols.
Pour accélérer le mouvement de l’opinion publique qui revenait au roi, Mazarin s’était éloigné une seconde fois (9 août). Alors le parlement et les bourgeois supplièrent la reine mère de rentrer dans la capitale pacifiée (21 octobre), d’où Gondé était sorti trois jours auparavant. Quelques magistrats furent destitués ou emprisonnés ; le cardinal de Retz fut enfermé à Vincennes ; le prince de Gondé condamné à mort par contumace, et Gaston exilé à Blois. Trois mois après, Mazarin revenait tout-puissant et avec l’appareil fastueux d’un souverain (février 1 653). Ge fut la fin de la Fronde. Mais ces temps où le roi et sa mère fuyaient en désordre devant quelques brouillons, et couchaient presque sur la paille à Saint-Germain, laissèrent dans l’esprit de Louis XIV une impression qui ne s’effaça jamais ; ce souvenir contribua à le pousser dans les voies du gouvernement le plus absolu. En rentrant à Paris, il fit enregistrer d’autorité une déclaration portant Œ très-expresse défense aux gens du parlement de prendre ciaprès aucune connaissance des affaires générales de l’Etat et de la direction des finances. »
Caerre avec l'Espagne; traité de* Pyrénées (*«5**).
La guerre de la Fronde était terminée. Il restait à finir la guerre avec l’Espagne, qui avait repris, pendant ces troubles, Dunkerque, Barcelone et Gasal en Italie. Gondé était venu offrir aux ennemis son épée qui leur avait été si fatale ; mais il sembla perdre son bonheur en quittant la France. Il alla d’abord avec l’archiduc Léopold assiéger Arras, non loin de ces plaines de Lens où il avait remporté sa plus belle victoire.
TFMPS MODERNES. 20