‹ Histoire des temps modernesChapitre 186 sur 311 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

le surintendant, Nicolais Fouquet, disait au roi : « Sire, il n’y a pas d’argent dans les coffres de Votre Majesté, mais M. le cardinal vous en prêtera. » Cependant une partie de ces immenses richesses fut honorablement employée. Mazarin protégea les gens de lettres, et Ménage fut chargé de lui fournir la liste de ceux qui méritaient des récompenses ou des encouragements. Descartes, retiré en Hollande, reçut xme pension ; l’historien Mézeray fut inscrit pour une somme de 4000 francs. Le ministre créa à grands frais, par les soins du savant Gabriel Naudé, une magnifique bibliothèque, ouverte plus tard au public (la bibliothèque Mazarine) ; et, par son testament, il affecta 800 000 écus à la fondation du collège des Quatre- Nations, destiné à recevoir les élèves de l’Université, qui appartenaient aux provinces espagnole, italienne, allemande et ffamande, nouvellement réunies au royaume. Enfin, il avait le goût le plus vif sinon le meilleur pour les arts : il fit venir d’Italie nombre de tableaux, de statues et de curiosités, même des acteurs, des machinistes qui introduisirent l’opéra en France; il fonda, en 1655, l’Académie de peinture et de sculpture.

H mourut le 9 mars 1661, à Vincennes, à l’âge de cinquante-neuf ans, désespéré de quitter ses belles peintures, ses statues, ses livres, les affaires, la vie, et pourtant « faisant bonne mine à la mort,

situation de l'Europe en «Mt.

Pendant que les traités de Westphalie et des Pyrénées donnaient à la France le premier rang parmi les nations européennes, les résistances intérieures qui avaient jusqu’alors entravé l’action du pouvoir royal et rendu inutiles les immenses ressources du pays, se trouvaient abattues. Si les obstacles sont aplanis au dedans, la voie est ouverte et tracée au dehors. Louis XIV n’aura qu’à continuer l’œuvre de Richelieu et de Mazarin. U a des ministres habiles, le royaume le plus imi, le mieux situé et le plus docile de l’Europe, des finances que Colbert va mettre en bon ordre, une armée que Louvois orgamsesa sous les plus grands généraux du monde, et der-

rière cette armée une nation valeureuse de 20 millions d’âmes. Sa force est grande. Ce qui l’augmente encore, c’est la fai> blesse de ses voisins. Pour nous en convaincre faisons rapidement le tour de l’Europe.

La restauration des Stùarts, en 1660, avait rendu le repos à l’Angleterre, mais seulement pour quelques années. Les tendances absolutistes du roi et les aspirations libérales de la nation anglaise étaient en opposition manifeste. Au fond, l’Angleterre se trouvait toujours divisée en deux partis : l’un qui défendait les libertés publiques, l’autre qui soutenait les principes du droit divin, ou tout au moins voulait augmenter les prérogatives de la couronne. Pour se défendre contre les premiers, Charles II sera plus d’une fois amené à trahir l’honneur et les intérêts de l’Angleterre, comme lorsqu’il vendra Dunkerque à la France pour 5 millions, et qu’il se vendra lui-même à Louis XIV pour une pension. L’acte de navigation promulgué en 1652 avait déjà excité la colère des Hollandais, en leur montrant que l’Angleterre prétendait faire elle-même tous ses transports par mer dont ils avaient eu jusqu’alors le profit. L’Écosse, rattachée à l’Angleterre depuis l’avénement de Jacques, en 1 603, formait avec elle et avec l’Irlande le royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande.

Les sept Provinces-Unies étaient arrivées à l’apogée de leur grandeur. La maison d’Autriche avait, en 1648, reconnu leur indépendance , et leur avait cédé plusieurs cantons du Brabant, du Luxembourg et de la Flandre. La république tenait maintenant, et c'était ce qui faisait sa force, les bouches de l’Escaut, de la Meuse, du Rhin et de l’Ems, avec l’importante place de Maastricht qui la couvrait. Aux Indes, ils avaient presque partout supplanté les Portugais. Maîtres sans rivaux du commerce de ces régions , ils avaient divisé leurs domaines en cinq gouvernements : de Java où ils avaient fondé, vers 1619, Batavia, la capitale de tous leurs établissements, d’Amboine et de Ternate dans les Moluques, de Ceylan, de Macassar dans l’ile Célèbes. Leur colonie du cap de Bonne-Espérance les rendait maîtres de la route d’Europe aux Indes, et ils avaient encore des établissements aux Antilles.

Dominateurs des mers, ils en exploraient l’étendue : Le-

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