CHAPITRE XX
et du mauvais vouloir de quelques princes, et d’une révolte en Sicile sous le batteur d’or Giuseppe d’Alésio (1647), et de deux mouvements plus importants qui, la même année, éclatèrent à Naples, sous Masaniello le pêcheur et Gennaro Ânnese l’armurier. Tout ce que put Mazarin fut de faire donner Verceil au duc de Savoie, de réconcilier le duc de Modène avec l'Espagne, le duc de Parme avec le saint-siège, et d’obtenir une amnistie pour les délits politiques dans le royaume de Naples. Le prince de Monaco s’était mis sous la protection de la France, et une branche française de la maison de Gonzague avait obtenu le Montferrat, Mantoue et Guastalla. Si donc Mazarin n’avait pu chasser les Espagnols de la péninsule, et signer avec les princes italiens une ligue semblad)le à celle qui lui ouvrait l’Allemagne, il avait du moins mis la main dans toutes les affaires de l’Italie, et il comptait bien que la France retrouverait au besoin dans ce pays des alliances et des moyens d’action contre l’Espagne.
La paix rétablie, deux princes en profitaient différemment. Â la cour militaire du duc de Savoie, Charles-Emmanuel II, on s’occupait d’organiser une forte armée, de jeter sur les Alpes la belle route de la Grotte qui mène de Lyon à Turin par les Échelles. A la cour savante de Ferdinand II, en Toscane, on s’occupait d’expériences et d’études qui firent de Florence un des foyers de la science au dix-septième siècle. Le disciple de Galilée, Torricelli, l’inventeur du baromètre, venait d’y mourir (1647) ; mais le géomètre Viviani allait y recevoir les présents de Louis XIV, et l’Académie célèbre del Ciinerüo était fondée.
Venise, qui tenait le nord-est de la péninsule jusqu’à Greme inclusivement, le Frioul, ime partie de l’Istrie, les côtes de la ûalmatie, Corfou et Candie, se tenait à l’écart des affaires d’Italie. Ses intérêts étaient ailleurs , dans l’Archipel , dans l’Adriatique. Une guerre avec les Turcs, commencée en 1644, dont le siège de Candie fut l’incident le plus remarquable, donnait occasion à Venise de montrer ce qu’elle gardait encore de patriotisme, de courage et de persévérance. Gènes ne faisait plus parler d’elle. Gomme presque tout le conunerce du Levant était aux mains des Vénitiens, Gênes cherchait à s’empa-
rer de celui des côtes d’Espagne et d’Afrique. Aussi était-elle étroitement liée à l’Espagne; ce qui lui vaudra bientôt un bombardement et une humiliation.
Les chevaliers de Saint-Jean tenaient toujours Malte en fief du royaume de Naples.
U Allemagne y depuis la fatale guerre de Trente ans qui l’avait couverte de ruines qu’on voit encore, était sans force. La plupart des petits princes qui ont substitué leur tyrannie à l’autorité impériale veulent avoir une cour, des ambassadeurs; et les peuples s’épuisent à entretenir le luxe exagéré de leurs maîtres. Pauvres, malgré leurs exactions, ces souverains besogneux font trafic de leur alliance et vendent leur année. Le traité de Westphalie avait assuré leur indépendance visà-vis de l’empereur; la ligue du Rhin en liait plusieurs à la France. En 1663, la diète de Ratisbonne deviendra perpétuelle. Ce sera le coup de grâce pour l’autorité impériale.
L’Autriche, qui était sortie épuisée de cette guerre, réparait lentement ses forces et contenait son ambition. Léopold P' avait succédé en 1658 à son père Ferdinand III; il régnera jusqu’en 1705 sans éclat, mais à la fin, grâce à d’habiles généraux et à l’assistance de l’Europe, avec profit pour sa maison. Cette maison se partageait alors en trois branches : celle d’Espagne qui régnait à Madrid ; celles de Tyrol et de Styrie qui seront réunies en 1673.
Une autre maison grandissait en Allemagne, celle de Brandebourg. Elle avait acquis en 1618 la Prusse qui la portait audevant des Russes, à Kœnigsberg, et en 1629, le duché de Clèves et les comtés de la Marck et de Ravensberg qui la mettaient aux portes de la France sur le Rhin. Frédéric-Guillaume s’appelle déjà le grand électeur ; son fils s’appellera le roi de Prusse.
La Suisse comprenait 13 cantons confédérés, plusieurs pays alliés , comme l’abbé de Saint-Gall , l’évêque de Bâle , la ville de Mulhouse en Alsace, le Valais, les Grisons, et des pays soumis, comme les sept bailliages italiens enlevés au Milanais de 1500 à 1512. Berne était le plus puissant de ces cantons, il possédait l’Argovie et le pays de Vaud. Les Suisses avaient prudemment renoncé au rôle batailleur qu’ils avaient