‹ Histoire des temps modernesChapitre 189 sur 311 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

joué au seizième siècle , ils se contentaient de fournir à quelques puissances des recrues dont la solde amenait un peu d’or dans leurs pauvres montagnes,

La Suède qui, par les acquisitions faites dans la guerre de Trente ans , tenait les embouchures de trois grands fleuves allemands, le Wéser, l’Elbe et l'Oder, était maîtresse de la Finlande, occupait encore, sur la rive méridionale du golfe de ce nom, la Carélie et l’Ingrie rendues par les Russes en 1647, l’Esthonieet la Livonie abandonnées par les Polonais en 163b. Ainsi la Baltique était un lac suédois , et la suprématie dans le nord de l’Europe semblait pour longtemps attachée à la couronne de Gustave-Adolphe.

Christine, fille du vainqueur de Tilly et de Waldstein, sut conserver à son royaume cette position brillante ; mais, en 1654, soit dégoût des aftaires, soit caprice, elle abdiqua en laveur de son cousin, Charles-Gustave, de la maison de Deux- Ponts. Ce prince, qui joignait au goût des lettres, particulier à sa famille, un courage et une ambition extraordinaires, eut tout d’abord à se défendre contre les prétentions du roi de Pologne, Jean-Casimir. Les Suédois eurent partout l’avantage et s’emparèrent de Varsovie. Jean-Casimir avait fui dans la Silésie ; mais les Polonais se soulevèrent et s’avancèrent au nombre de 45 000 pour reprendre leur capitale. L’action s’engagea sous les murs de la ville (1656). Après trois jours d’efibrts opiniâtres, et malgré l'héroïque courage des Polonais, Charles-Gustave, qui n’avait que 24000 hommes, remporta une victoire tellement complète, qu’il fallut , pour sauver la Pologne, une coalition de toutes les puissances voisines. L’empereur, le roi de Danemark et l'électeur de Brandebourg' s’unirent : les Suédois furent forcés d’abandonner leur conquête. Mais Charles-Gustave se vengea sur le Danemark ; il franchit les détroits sur la mer glacée , jeta la terreur dans Copenhague, et, par le traité de Hoskild, arracha les provinces de Halland , Scanie , Blekengie et Bohus , exigea le libre passage du Sund pour les natires suédois et l’indépendance du Holstein-Gottorp (1658).

La paix dura à peine quelques mois ; enhardi par ses premiers succès , le roi de Suède espéra conquérir le Danemark

€t assi%ea de nouveau Copenhague. Mais la ville résista : les Hollandais envoyèrent une flotte dans le Sund; l’Autriche, la Pologne, le Brandebourg firent passer en Danemark une armée, Les Suédois, menacés de toutes parts, renoncèrent au siège, et Gharles-Custave ayant été enlevé par une mort subite, la paix fut rétablie entre le Danemark et la Suède par le traité de Copenhague qui confirma celui de Roskild, entre la Pologne et la Suède parle traité d’Oliva (1660), entre la Suède et la Russie par le traité de Kardis (1661). En définitive, la Suède sortait avec honneur de la lutte inégale qu’elle venait de soutenir. Elle recouvrait ses limites naturelles au sud en obtenant la Blekingie, le Halland et la Scanie ; ses limites naturelles du côté de la Norvège qui restait au Danemark, en obtenant 4e Bohus, l’Iemtland et l’Heridalie ; elle enlevait la Livonie lithuanienne à la Pologne, et conservait l’Ingrie avec une grande partie de la Carélie prise à l’empire russe, de sorte que tous les rivages du golfe de Finlande lui ap(>arteaaient. Mais ces guerres continuelles pesaient lourdement sur un peuple pauvre et peu nombreux, sur un pays presque entièrement dépourvu d’agriculture et d’industrie, et la Suède ne pourra garder le sceptre du nord qu’elle a saisi.

Au milieu de ces événements militaires se place une révolution dont les conséquences n’ont été modifiées que de nos jours. L’aristocratie était tout dans Je Danemark : le roi Frédéric III, appuyé du clergé et de la bourgeoisie , brisa en 1660 son pouvoir et proclama l’hérédité de la couronne. La loi nouvelle promise alors ne fut publiée qu’en 1709, sous le nom de loi royale; mais elle exista dès 1660 dans les faits. Elle établissait l’absolutisme le plus complet , et il a duré jusqu’en 1834. Malheureusement le premier des rois héréditaires était allemand. R livra l’administration entière k ses compatriotes, au point que l’allemand devint la langue officielle du pays danois. C’est contre cette influence que le Danemark aujourd’hui se débat.

La Pologne, qui jadis avait le premier rang dans le nord, était descendue au second, et bien près de tomber au troisième. Elle s’étendait encore des monts Krapaks à la Baltique et de l’Oder aux sources du Dnieper et du Volga; mais

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