CHAPITRE XX
sa constitution anarchique et sa royauté élective la livraient déjà sans défense aux guerres extérieures. Ce que les Suédois venaient de faire sous Charles-Gustave, les Russes le feront bientôt. Ceux-ci, à qui les Suédois, les Polonais et le duc de Courlande et de Semigalle interdisaient la Baltique, étaient séparés de la mer Noire par la république guerrière des Cosaques, sujets indociles de la Pologne, et par les hordes tartares. Ils ne s’étendaient librement que vers les régions désertes de la Sibérie ; la chute de la puissante république de Novogorod en 1476, sous Ivan III, leur avait ouvert les approches de la Baltique et de l’océan Glacial; enfin, par la destruction des Tartares d’Astrakhan ( 1554), ils étaient arrivés depuis un siècle sur la Caspienne. Le traité d’Andrussow (1667), qui enleva à la Pologne Smolensk, Tchernigow et l’Ukraine, fut le premier pas de la Russie du côté de l’Occident. La dynastie des Romanow, fondée par Michel Féodovowitz, y régnait depuis 1613 et ne s’éteindra qu’en 1762.
La Russie avait cependant déjà des éléments redoutables de puissance. Iwan III, dans la seconde moitié du quinzième siècle, avait aboli dans sa famille la loi des apanages, ce qui avait établi l’unité du pouvoir et de l’Etat ; mais cette même loi, il l’avait au contraire maintenue pour la noblesse, ce qui la tenait divisée et affaiblie. Un siècle après, Ivan IV avait passé quinze ans à assouplir ses boyards au joug, et montré l’implacable cruauté qui lui a valu, même chez ce peuple habitué à voir jouer avec la vie, le surnom de terrible. Enfin, un ukase de 1592 avait réduit tous les paysans à la servitude de la glèbe, en leur interdisant de changer de maître et de terre.
Les Turcs avaient perdu l’enthousiasme religieux et militaire de l’âge précédent, mais ils tenaient toujours le premier rang dans l’Europe orientale. Le prince de Transylvanie était leur vassal ; le bannat de Temeswar et une partie considérable de la Hongrie étaient entre leurs mains ; le Dniester les séparait de la Pologne, et toutes les côtes de la mer Noire jusqu’au Kouban leur appartenaient. En Asie, leurs domaines s’étendaient d’Érivan à Bagdad. Venise luttait péniblement contre eux. En 1660, ils lui ont enlevé Mételin et Lemnos, et la
même année ils ont battn les Autrichiens en Hongrie. En 1663, ceux-ci verront tomber Neuhausel aux portes de Presboui^. Vienne se retrouvera encore une fois découverte et menacée. Louis XIV préludera à ses conquêtes, en envoyant de fastueux secours aux Autrichiens pour la bataille de Saint- Gothard (1664), à Venise pour le siège de Candie (1667).
TSMPS modkrhes.