CHAPITRE XXI
rAlleinagne et de la Suisse pour améliorer les nôtres; il accorda des primes d’encouragement aux meilleurs éleveurs; il ordonna le dessèchement des marais; enfin il publia un code des eaux et forêts (1669), qui est encore, pour la très-grande partie, en vigueur aujourd’iiui. Mais il commit la faute de respecter le préjugé populaire qui voyait dans la liberté du commerce des grains une cause de disette.
L’industrie, malgré les efforts de Henri IV, était restée dans l’enfance et nous tirions presque tout de l’étranger. Colbert, né dans la boutique d’un marchand de Reims, à l’enseigne du Long-Vêlu, voulut que la France pût se suffire à ellemême; il frappa de droits considérables, à leur entrée dans le royaume, les produits similaires de l’étranger (tarif de 1667).
C’était l’inauguration du système prolecleur, régime utile à une industrie naissante , mauvais pour une industrie développée. Il n’épargna rien pour acheter ou pénétrer les secrets industriels des nations voisines, pour attirer en France les ouvriers les plus habiles ; c’était bon alors et ce l’est encore. Le nombre de nos manufactures s’accrut rapidement. Il les soutint par des subventions distribuées avec intelligence, avançant une certaine somme par chaque métier battant outre des gratifications considérables aux maîtres et aux ouvriers. Il obtint de l’Église la suppression de 17 fêtes qui multipbaient les chômages inutiles. Enfin il institua des conseils de prud’hommes pour faire régner la paix dans ce monde du travail. En 1669, on compta dans le royaume, pour la laine seulement, 44 200 métiers et plus de 60 000 ouvriers. Les draperies de Sedan , de Louviers , d'Elbeuf et d’Abbeville n’eurent plus de rivales en Europe; le fer-blanc, l’acier, la faïence, les cuirs maroquiués, qu’on avait toujours fait venir de loin, furent travaillés en France; les tapis de Perse et de Turquie furent dépassés à la Savonnerie; les riches étoffes, où la soie se mêle avec l’or et l’argent, se fabriquèrent à Lyon et à Tours; on fit à Tourlaville (près de Cherbourg) et k Paris de plus belles glaces qu’à Venise; les tapisseries de Flandre le cédèrent à celles des Gobelins.
Colbert ne put détruire les nombreux péages établis sur les chemins et les rivières ; il les réduisit du moins et supprima
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dans 12 provinces les douanes intérieures; il encouragea, eu diminuant le tarif des droits à payer (1664), l’exportation des vins'et eaux-de-vie. Il déclara Dunkerque, Bayonne et Marseille ports francs, et accorda à la dernière de ces villes, en 1670, une chambre d’assurances; il créa des entrepôts, favorisa le transit par la France des marchandises étrangères, fit réparer les grandes routes devenues impraticables, et en construisit de nouvelles. Enfin il projeta un canal de Bourgogne, fit décréter celui d’Orléans qu’on ouvrit en 1692, et creusa celui du Languedoc qui devait joindre la Méditerranée à l’Océan. Le port de Cette fut construit à une de ses extrémités; Toulouse était à l’autre; et, de Toulouse, la Garonne menait facilement à Bordeaux et à l’Océan. Ce travail, gigantesque pour l’époque, fut commencé en 1664 et continué sans interruption jusqu’en 1681. Il fut exécuté par le célèbre Biquet, d’une ancienne famille de Florence, sur les dessins d’un ingénieur français, Andréossy ; il coûta environ 34 millions et employa, chaque année, 10 à 12 000 ouvriers.
Le commerce, ainsi secondé, prit un développement rapide. Pour régler cette activité nouvelle et l’éclairer, le conseil de commerce fut in.stitué en 1665, et Louis XIV le présida régulièrement tous les quinze jours. Des conseils .semblables furent établis dans les provinces; ils devaient choisir dans leur sein trois des négociants les plus expérimentés, qui se rendraient à la cour, « pour informer le roi et M. de Colbert de ce qu’il conviendrait de faire. » Une ordonnance de 1671, qui ne fut malheureusement pas exécutée, prescrivit de rendre tmiformes les poids et mesures dans tous les ports et arsenaux de France.
Les étrangers s’étaient rendus maitres de tout notre commerce par mer; chaque année, 4000 bâtiments hollandais débarquaient sur nos côtes les produits de leur indnsliie avec les denrées des deux mondes, et enlevaient nos soieries, nos vins, nos eaux-de-vie pour les transporter par toute l’Europe et dans les' pays lointains. Colbert voulut relever la France de cette infériorité. Déjà, en 1658, le surintendant Fouquet avait établi un droit d’ancrage de 50 sous par tonneau sur les navires étrangers, payable à l’entrée et à la sortie de nos