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CHAPITRE XXI

allaient à la maraude se trompent de chemin et arrivent devant Muyden : les magistrats épouvantés se hâtent de leur présenter les clefs de la ville; puis, voyant qu’ils ne sont pas suivis, les enivrent et les portent’ hors des murs. Or c’est à Muyden qu’on peut prendre Amsterdam, car c’est là que sont les écluses qui servent à mettre sous l’eau les environs de cette ville.

Les Français n’étaient qu’à quelques lieues d’Amsterdam : le roi, enivré par de si rapides succès, repoussa les propositions de Jean de Witt. Au moins aurait-il dû écouter les sages avis de Turenne, faire démanteler les places, au lieu de disséminer l’armée en garnisons. On ne se trouva plus assez fort pour marcher sur la capitale. Cette inaction perdit tout : les Hollandais reprennent courage. Un mouvement populaire éclate contre Jean de ’Witt. Ce grand citoyen est mis en pièces, à la Haye, avec son frère Corneille ; et Guillaume de Nassau , prince d’Orange , est proclamé stathouder. Nul homme n’a autant haï la France et ne lui a fait plus de mal, mais n’a mieux servi son pays. H donne soudainement à la résistance une énergie qu’elle n’avait point. Les digues qui défendent la Hollande contre la mer sont rompues, les écluses ouvertes, et Ruyter, qui depuis trois mois tenait en échec la flotte anglo-française, vient ranger ses vaisseaux autour d’Aonsterdam. La Hollande était sauvée. Les Français reculent devant l’inondation, évacuent successivement toutes les places conquises, et se retirent sur lè Rhin (1672). ^

En même temps, Guillaume négocie et forme contre la France ime formidable coalition. Charles II résiste à son parlement, et refuse d’y entrer ; il est du moins forcé d’accorder la paix aux Provinces-Unies, et Louis XIV n’a d’autre alUé effectif que la Suède, contre l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne et la Hollande coalisées.

Loiiis répond à toutes ces menaces par la prise de Maëstricht (1673), et l’aimée suivante par la conquête de la Franche-Comté, dont il s’empare en six semaines. Les coalisés préparent une double invasion par les Pays-Bas et par l’Alsace ; Condé fait tête à la première, Turenne à la seconde. Il dévaste le Palatinat, et, avec une poignée d’hommes, défend

LE RÈGNE DE LOUIS XIV

la frontière du Rhin contre Montécuculli. Accablé cependant par le nombre, il recule, et 60 000 Impériaux prennent leurs quartiers d’hiver en Alsace. « Il ne faut pas, écrit-il au roi, qu’il y ait en France un seul homme de guerre en repos, tant qu’il y aura un Allemand en Alsace ; » et, renforcé de quelques mille hommes, il tourne les Vosges à l’improviste, tombe sur les ennemis dispersés, les bat, les chasse au delà du Rhin, après en avoir détruit la moitié ‘(janvier 1675). La mort de ce grand général, quelques mois plus tard, à Saltzbach, et la retraite de Condé, après sa sanglante victoire de Senef (1674) et une glorieuse campagne en Alsace (1675), n’empêchent point Louis XIV de conserver presque partout l’avantage.

Sur mer, Duquesne anéantit la marine espagnole dans trois sanglantes actions sur les côtes de la Sicile, malgré l’assistance d’une escadre hollandaise et de Ruyter, qui est tué au combat d’Agousta; dans le même temps, d’Estrées ravage les établissements hollandais dans les Antilles et au Sénégal. Sur terre, Créqui prend à Kochersberg une glorieuse revanche d’une défaite éprouvée, l’année précédente, à Gonsarbruck(1677), et Luxembourg gagne, pour le compte de Monsieur (le frère du roi), la victoire de Cassel, fait emporter Valenciennes en plein jour par ses mousquetaires (1677), et prend Grand sous les yeux du roi.

Ces succès obligent les Hollandais à demander la paix. La défection de Charles II, à qui son parlement force la main, décide Louis XIV à la conclure^ar le traité de Nimègue, les Hollandais obtiennent la restitution de tout ce qu’ils avaient perdu (1678). Dès lors, Louis XIV peut parler en maître aux autres puissances et leur dicter ses conditions. Cette fois encore, ce fut l’Espagne qui paya les frais de la guerre. Elle céda la Franche-Comté, et aux Pays-Bas, les deux dernières villes de l'Artois, Aire et Saint-Omer, en outre Valenciermes, Bouchain, Condé, Cambrai, Ypres, Maubeuge, etc. Quant à l’empereur, il obtint Philippsbourg, mais en perdant Frjbourg. Le roi contraignit le Danemark et le Brandebourg à rendre toutes les conquêtes qu’ils avaient faites sur la Suède (traité de Saint-Germain en Laye, 1679). La France sortait donc glorieuse et plus forte de sa lutte contre toute

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