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CHAPITRE XXI

glé sur l’exemple d’autrui, et que c’était à lui de servir d’exemple. » 11 envoya le marquis de Lavardin, avec 800 gentilshommes armés, pour se maintenir dans la possession d’un privilège injuste; le pape excommunia l’ambassadeur : le roi fit saisir Avignon (1687).

Cette affaire s’arrangea sous le successeur d’innocent XI; mais ce pontife en conçut un dépit profond qui ne fut pas sans influence sur la guerre qui éclata en 1688. L’occasion de cette guerre fut, en effet , l’opposition faite par le pape au candidat de la France au siège archiépiscopal de Cologne, le cardinal de Furstemberg, qui nous avait déjà ouvert les portes de Strasbourg. Il avait été élu par la majorité du chapitre, 15 voix contre 9 obtenues par son concurrent, Clément de Bavière. Innocent XI donna néanmoins à celui-ci l’investiture. Louis XIV protesta à main armée contre cette nomination, et fit occuper par ses troupes Bonn, Neus et Kayserwerth (octobre 1688). Du côté de l’Allemagne, il réclamait encore, sans justice, une partie du Palatinat , au nom de sa belle-sœur la duchesse d’Orléans, seconde femme de Monsieur. En Italie, il achetait Casai, dans le Montferrat, au duc de Mantoue, pour dominer le nord de la Péninsule et le Piémont qu’il tenait déjà par Pignerol (1681).

Ces conquêtes faites en pleine paix, ces violences, cet orgueil, réveillèrent les craintes de l’Europe. On accusa la France d’avoir renversé la domination autrichienne pour mettre la sienne à la place et peser (^nune elle sur le continent. Déjà, en 1681, l’Empire, l’empereur Léopold, l’Espagne, la Hollande, et même la Suède, avaient conclu, par les soins de Guillaume d’Orange, ime alliance secrète pour le maintien de la paix de Nimègue; mais personne n’osait porteries premiers coups; la diète de Batisbonne (août 1684) stipula une trêve de 20 ans, en laissant au roi de France Luxembourg , Landau, Strasbourg, Kehl et les autres villes réunies avant le 12 août 1681. Son ambition ne s’arrêtant pas, ils se rapprochèrent davantage et signèrent la ligue d’Augsbourg (9 juillet 1686); la Savoie y accéda l’année suivante; l’Angleterre en

' Quelle était, dans ce moment critique, la situation de la

LE RÈGNE DE LOÜIS XIV

France ? Une sorte de fatigue, de malaise intérieur commençait à se faire sentir dans cette société, si brillante encore. Les dépenses excessives de la guerre précédente, le maintien coûteux d’une armée de 1 50 000 hommes en temps de paix, et les constructions fastueuses comme celles dp Versailles, de Trianon, de Marly, du Louvre, ou utiles comme celles des ports, des places fortes, de l’hôtel des Invalides, avaient détruit l’équilibre des finances.

Colbert s’épuisait à trouver des ressources ; il fut obligé, lui aussi, de vendre des charges, de créer des rentes à un taux onéreux, d’augmenter la taille; il gémissait de ramener les finances à l’état d’où il les avait tirées. Il succomba à la peine.

Il mourut en 1683, à 64 ans, usé par l’excès du travail, et tué peut-être par d’injustes reproches du roi. « Si j’avais fait pour Dieu ce que j’ai fait pour cet homme, disait-il avec amertume, je serais sauvé dix fois, et je ne sais ce que je vais devenir. » Son ministère fut divisé : le marquis de Seignelay, son fils, eut la marine ; les finances furent confiées à le Pelletier(l 683-1689), plus tard au comte de Ponchartrain (1689- 1699) : ces deux derniers lui succédèrent sans le remplacer.

Il y avait deux ans que Colbert était mort, quand Lqius XIV fit la plus grande faute de son règne, la révocation de Védü de Nantes. Colbert, tant qu’il avait vécu, avait protégé les protestants comme des sujets utiles et industrieux. Mais Louis ne voyait en eux que d’anciens rebelles qui avaient dicté des lois à ses prédécesseurs, il les haïssait comme hérétiques et comme suspects d’aimer peu le pouvoir absolu des rois. L’unité religieuse dans l’État lui semblât aussi nécessaire que l’unité politique. Après le traité de Nimègue, les diverses in- — fluences qui se disputèrent Louis XIV vieillissant firent entrer le gouvernement dans la voie des rigueurs. Le roi avait alors de vifs démêlés avec le saint-siège, au sujet de la régale, il ne voulait pourtant pas qu’on doutât de son zèle pour l’Églis^k Les protestants en fournirent la preuve. On leur ôta success^P vement toutes les garanties que l’édit de Nantes leur assurait, on multiplia les missions dans les provinces; on acheta les consciences â prix d’argent. Louvois,qui tenait à montrer son zèle dans cette affaire, « imagina d’y mêler du militaire ; >* il

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