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CHAPITRE XXII

longtemps Guillaume d’Orange était lié avec les chefs du parti whig. Gendre de Jacques II, il était son héritier le plus voisin ; il pouvait attendre. Mais le roi s’était remarié à une princesse italienne et cathohque ; de ce mariage naquit, en 1 688, un fils qui effaçait les droits de la femme de Guillaume d’Orange. Alors ce prince n’hésite plus : il accepte les offres de l’aristocratie anglaise et se prépare à renverser son beau-père avec les forces de la Hollande. Louis XIV avertit en vain Jacques II des dangers qu’il court et lui offre une assistance qui est refusée presque avec hauteur. Louis commet lui -même une laute grave : la cause de Jacques étant la sienne, puisque c’était celle du pouvoir absolu des rois, il eût dû le secourir malgré lui ; il le fit, mais à moitié ; il envoya une armée sur le Rhin, ce qui souleva l’Allemagne, au lieu de l’envoyer sur la Meuse, ce qui eût intimidé les Provinces-Unies et peutêtre retenu Guillaume. A cette nouvelle, les fonds montèrent de 10 pour 100 en Hollande et Guillaume partit.

Sa flotte portait 1 5 000 hommes, et ses drapeaux la devise : Pro religione et libertate. Il se fit précéder d’un manifeste où il déclarait « qu’appelé par les seigneurs et les Communes d’Angleterre, il avait acquiescé à leurs vœux, parce que, comme héritier de la couronne, il pétait intéressé à la conservation des lois et de la religion du pays. H marcha sur Londres sans rencontrer de résistance ; tout le monde abandonnait Jacques : son premier ministre, Sunderland, son favori Marlborough, même sa seconde fille, Anne de Danemark. Il ne tenta pas de résister et s’enfuit sous im déguisement. Alors une longue procession parcourut les rues de Londres, armée de bâtons, de sabres, de lances, à l’extrémité desquels chacun avait fixé une orange. Des rubans de cette couleur, qui était déjà celle du parti protestant, flottaient sur toutes les têtes. Bientôt retentit le terrible cri de : « iVo popery ! A bas le pa-

nir la célèbre révolution de 1688. Il avait fallu bien des larmes, bien du sang et surtout bien des années pour arriver à cet immense résultat, car depuis la Restauration vingt-huit ans s’étaient écoulés, s [OEuvres de Napo- Uon III, t. I, p. 449, édit, de 1866.) « L’iiistoire d'Angleterre dit hautement aux rois : Marchez à la tète des idées de votre siècle, ces idées vous suivent et vous soutiennent; marchez è leur suite, elles vous entraînent; marchez contre elles, elles vous renversent. » {Ibid., p. 342.)

pisme ! » Toutes les chapelles catholiques et même quelques maisons furent démolies. Les bancs, les chaises, les confessionnaux, les bréviaires furent amoncelés en un tas et brûlés; mais pas un catholique ne perdit la vie, pas même Jeffries.

Cependant, au moment où la galiote qui emportait Jacques allait mettre à la voile, elle avait été abordée par 50 ou 60 matelots qui recherchaient des prêtres catholiques. Le roi, pris par eux pour un jésuite déguisé, fut d’abord assez rudement traité ; mais quelques gentilshommes du comté de Kent qui le reconnurent le firent relâcher; il en profita pour rentrer dans Londres (16 décembre). Le lendemain les soldats hollandais arrivaient : il fallut partir, cette fois pour toujours. Guillaume lai avait refusé toute entrevue, et les lords, réunis en assemblée extraordinaire, lui avaient signifié qu’il eût à se rendre à Rochester. Guillauûie l’y fit conduire sous la garde des troupes hollandaises, et eut soin de le laisser s’évader. Jacques se réfugia en France, où Louis XIV lui donna une magnifique hospitalité (1688).

Le parlement déclara le trône vacant et déféra la royauté au prince d’Orange et à sa femme, la princesse Marie, après eux à la princesse Anne, excluant à jamais les autres descendants de Jacques II. Le stathouder de Hollande était roi. Mais avant de s’asseoir sur le trône, Guillaume UI dut signer la fameuse déclaration des droits (février 1689).

Cette nouvelle charte, qui substituait la royauté consentie à la royauté de droit divin, contenait à peu près toutes les libertés et garanties que les Anglais réclamaient depuis des siècles : la convocation périodique des parlements, le vote de l’impôt, la loi faite parle concours du roi et des chambres, le jury, le droit de pétition, etc. Elle a fondé, chez nos voisins, le gouvernement constitutionnel ou parlementaire, avec tous les tempéraments et la sagesse pratique qui en ont assuré la durée *.

4. La révolution eut «on théoricien dans Locke. Né en 4 632 et mort en 4704, ce philosophe reçut le sHrnom de Sage, et le mérita par la modération de ses opinions et la dignité de sa vie. Celte modération n’empécha pas qu’il ne fdt persécuté par Jacques II. U vécut huit années en Hollande, i et ne revint qu’avec Guillaume en Angleterre. Noos n’avons pas à nous occuper iei du

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