CHAPITRE XXII
Un droit nouveau, celui des peuples, se levait donc, dans la société moderne, en face du droit absolu des rois qui depuis deux siècles la régissait et qui venait de trouver, dans Louis XIV, sa plus glorieuse personnilicaiion. Il n’y a pas à s’étonner de la lutte acharnée qui éclata entre la France et
plus conmi (te ses ouvrages, son Essai sur Vrnlendrmrnt humain, qui l’a placé paimi les pliilosoplies éminenis, niais d’un aiilre de ses livres, Y Essai sur la venlii/ile oiigme, 1rs limites et le but du gtmi ei iiemrn'. Ce Irailé parut en tflCO. une telle date indique assez qu'il faut j rlieielu r moins une élude désintéressée de droit public, qu’une apologie de la révolulion de t68S. Guillaume III en jugea ainsi : il donna à Locke une place Itnraiive; 2U0 livres sterling par au claienl alors une somme cons dér.tlile, siutoul pour un philosophe. naos ce livre, Locke détruit la doclrine du ilioil divin des rois que les Sluarls dérendaient, en accusant Guillaume 111 d’usui palion , et montre que celle doctrine n'a de hases ni dans la nature ni dans I histoire : » La monarchie absolue, dit-il, qui semble être considérée par ipielqucs-iins comme le seul gouvernement qui doive avoir lieu dans le monde, est, à vrai dire, incompatible avec la société civile, et ne peut él'e nullemeul réputée une forme de gonvcrnenieTil. » Ouelle est d ne, pour Locke, la condition essentielle, de , tout gouvernement, tel nom qu'il porte d'ailleurs, qu'on l'aiqic le démocratie, oligaicliie ou monarchie? C’est la liberté : et la liberlé, a dans la société civile, consiste, à n’êlre soumis à aucun pouvoir législatif qu’a celui qui a été établi par le consentement de la comniiinaulé, ni à aucun autre empire qu’à celui qu’on y reconnaît. « Ainsi le dogme de la souverainelé du peuple est soutenu hardiment par Locke. » La comiiiiinaulè peut établir tel gouvernement qu'elle vi-ut. » Mais ces gouvernements ne sont conformes a la raison qu’à deux con iilions : la ]>remière, c’est que le pouvoir de faire les lois qui obligent la communauté, par conséquent dans une munarehie, le chef de l’État lui-méme sera toujours séparé du pouvoir eiéculif. La seconde, c’est que nul ne sera tenu de payer l’impét sans son con.sentemeni donné personnellement ou par représenlanls. a L'égalité, disait encore le grand philosophe anglais, est le droit égal qu’a chacun à la liberté, et qui fait que personne n’est assujetti à la volonté ou à l'auiorité d’un autre homme. • Locke a été, en politique, le précurseur de Jean-Jacques. La nécessité du conseiiiemcni commun, reconnue Comme base de toute société politique, qu'esl-ce autre chose que le principe du sulTiage universel?
Après avoir établi à quelle condition les gouvernements sont légitimes, Locke énonce avec précision quel but ils doivent se proposer. « Le souverain doit gouverner selon les lois établies cl connues de tous, n’cinpioyer que des jnges équitables et désintéressés, ne faire servir enfln la force, au dedans, qu à l’exécution des lois ; au dehors, qu’à la défense des propriétés de la communauté. U Et il reconnaît que si le chef choisi fait un mauvais usage du pouvoir qui lui a été délégué, il peut être remplacé. Il faut ajouter qu’en matière religieuse Locke défendit toujours la cause de la tolérance. 11 n’avait fait d’ailleurs que reprendre, en politique, les vieilles doctrines de son pays et notamment la thèse développée par sir John Poriescue, chancelier d’Angleterre sous Henri VI et qui, écrivant pour l’enseignement du prince de Galles son traité célèbre Ve laudilms legiim Angliæ, proclamait (chap. xui) que les gouvernements ont été institués par les peuples et n’existent que pour leur avantage.
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l’Angleterre. Ce sont plus que deux intérêts contraires, ce sont deux droits politiques différentsqui sont aux prises. En outre, au XVI' siècle, la France avait pris en main la défense du protestantisme et des libertés générales de l’Europe ; au xvir, elle menaçait la conscience des peuples et l’indépendance des États. Le rôle que nous abandonnions, l’Angleterre allait s’en saisir: elle se fera le centre de toutes les coalitions contre la maison de Bourbon, comme la France avait été le centre de la résistance à la maison d’Autriche.
Ciuerrei» de la ligue d'AugNboiirg ((Sgg-f«i03) et de la «ucceoitlon d’KMpagnc (flOi-t9lt).
Ce changement politique renversait toutes les conditions de la guerre. Tant que Louis avait neutralisé l’Angleterre en pen'sionnant ses rois, nous n’avions personne h craindre sur le continent; car appuyés aux Pyrénées, aux Alpes et à la mer, nous faisions face au Bhin et pouvions y combattre des deux mains, sans avoir à regarder par derrière. L’Angleterre s’unissant à nos ennemis, il fallut non-seulement des armées sur l’Escaut, le Rhin et les Alpes, fnais des flottes sur l’Océan et dans les mers les plus lointaines. C’est ce double effort que la France ne pourra soutenir longtemps.
Guillayime d’Orange se fit l’âme de la coalition, le renverser, c’était finir la guerre d’un coup : Louis XIV confia une flotte à Jacques II, qui le porta en Irlande, malgré les Anglais et les Hollandais que Château-Renaud battit dans la baie de Bantry, et Tourville sur les côtes de Sussex, à la hauteur de Beachy-Head. Dans la dernière action, seize vaisseaux ennemis furent coulés ou incendiés à la côte ; le reste se réfugia à l’embouchure de la Tamise ou entre les bancs de la Hollande (10 juillet 1690), et Louis XIV eut pour quelque temps l’empire de l’Océan. Mais Jacques II ne sut pas le seconder : il perdit la bataille de la Boyne (H juillet 1790). Un régiment de calvinistes fugitifs et le maréchal de Schomberg contribuèrent surtout à la déroute. Jacques II revint en France.
Louis XIV prépara alors une descente en Angleterre même : 20 000 hommes furent rassemblés entre Cherbourg et'