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CHAPITRE XXII

la Hougue ; 300 navires de transport furent tenus prêts à Brest; Tourville devait les escorter avec 44 vaisseaux qu’il commandait et 30 autres que d’Estrées lui amenait de Toulon. Mais le vent changea, la flotte de la Méditerranée ne put arriver à temps. Louis XIV, habitué à forcer la victoire, et comptant d’ailleurs sur la défection d’une partie des capitaines ennemis, ordonna à son amiral d’aller chercher les Anglais et les Hollandais, forts de 99 voiles. Il n’y eut point de défection. Tourville lutta dix heures sans faiblir, mais il ne pouvait renouveler le lendemain un pareil effort; il s’éloigna. La côte voisine était malheureusement sans abri : 15 vaisseaux réfugiés à Cherbourg et à la Hougue furent incendiés par leurs propres capitaines, qui ne voulurent pas les laisser tomber aux mains de l’ennemi (1692). Ce désastre ne ruina point la marine française, mais l’expédition projetée fut abandonnée.

Dès l’année 1688, au moment même où Guillaume préparait son expédition, les Français étaient arrivés sur le Rhin, et y avaient pris Philippsbourg, Manheim, Worms; l’année suivante , ils avaient incendié le Palatinat. 1 00 000 habitants, chassés de leur pays par les flammes, allèrent demander vengeance à l’Allemagne. Le roi lui-même eut regret de ces horribles exécutions; et son mécontentement, prélude d’une disgrâce, causa, dit-on, la mort de Louvois (1 69 l).^ja guerre s’étendit alors depuis les Alpes jusqu’à la mer du Nord. Mais sur le Rhin, elle resta défensive, Louis préférant frapper les coups les plus forts sur ses deux ennemis les plus faibles, le duc de Savoie et l’Espagne. C’est aux Pays-Bas que se porta le fort de la guerre.

Un élève de Condé, Luxembourg, battit les alliés à Fleurus (1690), puis à Steinkerque (1692), enfin à Neerwinden (1693), et enleva sous leurs yeux h^ons et Namur. La prise de Charleroi fut son dernier triomphe; il mourut en 1695. Guillaume fut plus heureux avec son successeur, Yilleroi, qui le laissa rentrer dans Namur (1695). De son côté, vainqueur à Staffarde (1690), Catinat envahit le Piémont et s’en assura la plus grande partie par une nouvelle victoire, celle de la Marsaille (1693). Sur mer, Tourville vengeait la défaite^ de

la Hougne par la victoire de Lagos; Nesmond, Polntis, Duguay-Trouin , Jean Bart et une foule de hardis corsaires ruinaient le commerce de l’Angleterre et de la Hollande.

Cependant la guerre languissait partout , et la France s’épuisait dans une lutte inégale. < La moitié du royaume, écrivait Vauban , vit des aumônes de l’autre. » D’ailleurs, Charles II se mourait : la succession d’Espagne allait s’ouvrir. L’Europe avait besoin d’un moment de repos pour se préparer à ce grand événement qui pouvait amener une grande guerre.

Louis. XIV suivit la même tactique qu’en 1677 : il divisa ses ennemis. Le duc de Savoie consentit à traiter : on lui rendit ses États, même Pignerol, et sa fille épousa le duc de Bourgogne, petit-fils du roi de France (1696). La défection de la Savoie détermina les alliés à accepter les offres de la France ; après de courtes négociations, la paix fut signée dans le congrès de Ryswyk (1697). Louis XIV reconnut Guillaume III, rendit à l’Empire tout ce que les chambres de réunion avaient adjugé à la France, à l’exception de Strasbourg, Landau, Sarrelouis et Longwy ; le duc de Lorraine fut remis en possession de son duché ; les Hollandais eurent le droit de tenir garnison dans certaines places de la Flandre, et obtinrent le retrait des dispositions prises par Colbert contre leur commerce. |l

La branche aînée de la maison d’Autriche allait s’éteindre . avec Charles II. Il s’agissait de savoir à qui appartiendraient l’Espagne et ses vastes annexes. Trois puissances se disputaient l’héritage : la France, l’Autriche et la Bavière. Louis XIV invoquait les droits de sa femme, Marie-Thérèse, l’aînée des enfants de Philippe IV; Léopold I"' avait épousé l’infante cadette, Marguerite ; l’électeur de Bavière réclamait au nom de son fils mineur, petit-fils de cette même Marguerite. Louis, n’osant d’abord s’exposer à une guerre générale, s’entendit avec Guillaume HI : on stipula que la monarchie espagnole serait partagée (1698), Charles II s’indigna qu’on réglât sans lui sa succession, et donna tout par testament au prince électoral de Bavière. Mais cet enfant mourut : la France et l’Autriche restèrent seules en présence. Louis XIV

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