‹ Histoire des temps modernesChapitre 207 sur 311 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

proposa un nouveau partage que l’Angleterre et la Hollande acceptèrent, et qui ne nous assurait aucun avantage sérieux. Mais Léopold refuse de s’y soumettre (17 00). Le roi change alors de politique ; son ambassadeur à Madrid, le duc d’Harcourt, s’adresse au patriotisme des Espagnols., écrit, parle, promet, si bien que l’opinion publique se déclare en faveur de la France. Le conseil de Castille et le pape engagent Charles II k choisir pour héritier le duc d’Anjou, petit-fils du roi de France (2 octobre 1700).

Cependant Louis hésita. Accepter, c’était la guerre ; refuser, c’était reconstituer la maison d’Autriche, non plus divisée en deux branches, mais unie, comme sous Charles-Quint. Partager la succession était dangereux. Léopold, d’a\lleurs, n’y voulait pas consentir. Puisque la guerre était au bout de toutes les alternatives, mieux valait la faire pour la totalité que pour une partie. Loliis XIV arrêta enfin sa résolution, réunit solennellement la cour, et, lui présentant son petit-fils : «t Messieurs, dit-il, voilà le roi d’Espagne! » Quelques semaines plus tard, au moment de partir, il l’embrassa en prononçant des paroles dont on a fait le mot fameux : « H n’y a plus de Pyrénées. » L’avénement de Philippe V fut salué avec transport par tous les peuples de la monarchie, L’Europe même ne témoigna d’abord qu’une sorte de stupéfaction : la sur)#-ise sembla engourdir la colère.

Mais la guerre était inévitable : la maison de Bourbon étendait maintenant sa domination depuis les bouches de l’Escaut jusqu’au détroit de Gibr altar, depuis Otrante jusfpu’à Brest. Le projet de monarchie universelle, qu’on imputait à Louis XIV, ne paraissait plus une calomnie, et tout un grand parti en Angleterre, celui des wighs, demandait la guerre « pour sauver la liberté de l’Europe et de l’humanité. » Cependant Léopold aurait eu beaucoup de peine à reformer la coalition européenne, sans les imprudentes provocations du roi. D’abord il renvoya les garnisons hollandaises des forteresses des Pays-Bas et les remplaça par des Français; non content d’inquiéter ainsi la Hollande, il brava l’Angleterre, en reconnaissant, k la mort de Jacques II, son fils Jacques III. C’était violer ouvertement le traité de Ryswyk (1701). Enfin,

contrairement à ses promesses et aux intérêts de la France, il réserva au nouveau roi d’Espagne tous ses droits et son rang d’hérédité à Versailles. Une nouvelle ligue fut conclue à la Haye, entré l’Angleterre et les Provinces-Unies. La Prusse, l’Empire, le Portugal et jusqu’au duc de Savoie, beau-père de Philippe V, y adhérèrent successivement (1 701-1703). La mort de Guillaume III (1702), à qui succéda sa belle-sœur, Anne, fille de Jacques II, semblait devoir rompre cette coalition; mais trois hommes supérieurs le remplacèrent : Heinsius, le grand pensionnaire de Hollande ; Marlborough, chef du parti whig en Angleterre, habile diplomate et grand général; Eugène, enfin, prince de la maison de Savoie , né en France, mais que les dédains de Louis XIV avaient jeté au service de l’Autriche. Unis d’intérêts, d’idées, surtout de haine contre le roi, ils mirent un admirable concert dans la conduite des opérations militaires.

La décadence avait au contraire commencé pour lo grand roi. Dominé par Mme de Maintenon , il donnait le gouvernement, non aux plus capables, mais aux plus courtisans. Le médiocre Cbamillart cumulait les fonctions de Louvois et celles de Colbert ; l’incapable Villeroi remplaçait Turenne. L’agriculture et l’industrie n’avaient pas eu le temps de se relever du coup funeste que venait de lenr porter la révocation de i’édit de Nantes. Enfin la détresse du trésor était extrême, après tant de guerres, tant de constructions, de dépenses de toutes sortes : Versailles seul avait coûté autant que dix campagnes.

L’Autriche commença les hostilité en Italie pour conquérir le Milanais. Lç prince Eugène bat Gatinat à Carpi (1701), entre un moment dans Crémone par surprise , et y prend Villeroi, mais est vaincu à Luzzara par le duc de Vendôme (1702). Villars gagne la même année son bâton de maréchal à Friedlingen, et par la victoire d’Hochstedt s’ouvre la route de Vienne, où notre allié, l’électeur de Bavière, n’a pas la résolution de marcher ( 1 703). Mais déjà Marlborough était débarqué dans les Pays-Bas, l’archiduc Charles en Portugal, le duc de Savoie trahissait la France et les Camisards se soulevaient dans les Gévennes. La défaite de Tallard et* de

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