CHAPITRE XXII
Marsin à Hochstedt rejette les Français hors de TAlleinagne (1704); celle de Villeroi à Ramillies (mai 1706) donne aux alliés les Pays-Bas; celle de Marsin à Turin (septembre 1706) livre aux Autrichiens le Milanais, le Piémont, et, par contrecoup, l’année suivante, le royaume de Naples. Toulon même est menacé (1707). La France, que l’Europe croyait épuisée, envoie, en 1708, aux Pays-Bas, une magnifique armée de 100 000 hommes, sous Vendôme; elle est mise en déroute > à Oudenarde, et Lille se rend après l’héroïque résistance de Boufflers; la France est ouverte; un parti de Hollandais pénètre jusque auprès de Versailles. L’Espagne çemble en même temps perdue. Les Anglais surprennent Gibraltar. L’archiduc Charles entre à Madrid, et, malgré la victoire de Berwick à Almanza (1707), peut se croire maître de la péninsule.
Pour comble de malheur, le terrible hiver de' 1709 amena une telle famine, qu’on vit les laquais du roi mendier aux portes de Versailles. Louis sollicita la paix. En cédant sur tous les points , il obtint que les alliés consentissent à négocier. Alors ils lui demandèrent do se charger seul de chasser d’Espagne son petit-fils. « Puisqu’il faut faire la guerre, répondit-il , j’aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants; » et il écrivit à toutes les municipalités, aux évêques, aux intendants, une lettre simple et noble. Après avoir exposé tout ce qu’il avait fait pour obtenir la paix, il disait les propositions des alliés. La nation répondit comme elle devait à cet appel. Malgré la misère et la famine, chacun se dépouilla du peu qui lui restait pour l’envoyer au trésor public. Riches et pauvres, tous contribuèrent, et Villars put ouvrir la campagne avec une armée de 100 000 hommes. C’était le don patriotique de la France. Les soldats étaient sans habits, sans souliers. Comme les vivres manquaient , le général les fit jeûner à tour de rôle. Tant d’hérpïsme méritait une victoire : la journée de Malplaquet fut une défaite (11 septembre 1 709). Villars y fut grièvement blessé ; Eugène etMarlborough restèrent maîtres du champ de bataille ; mais les Français n’avaient que 8000 morts, les alliés en avaient 20 000, ét ils ne purent rien entreprendre de toute la campagne.
L’année suivante, Vendôme assura le trône d’Espagne h Philippe V par la victoire de Villaviciosa (1710).
Dans le même temps, l’archiduc Charles , le protégé des alliés, devenait empereur d’Allemagne et maître de l’Autriche par la mort de son frère (1711). L’Angleterre et la Hollande, qui combattaient pour empêcher un prince français de régner à Madrid , ne voulurent plus combattre pour faire régner le même prince à Madrid, à Naples, à Milan, à Bruxelles , à Vienne et dans l’empire. Les subsides fournis par l’Angleterre aux alliés avaient grevé sa dette publique de 60 millions de livres sterling. Une intrigue de cour, à laqueUe on a donné trop d’importance , précipita le dénoûment que l’opinion publique , souveraine en un pays libre , préparait déjà et que la reine elle-même souhaitait. La duchesse de Marlborough, favorite d’Anne, fut supplantée par une de ses parentes, qu’elle-même avait introduite au palais, Abigaïl Masham, aussi respectueuse, aussi habile à flatter les penchants de sa souveraine, que lady Marlborough s’était montrée brusqpie et dédaigneuse. Une paire de gants que l’altière duchesse négligea de ramasser, quelques gouttes d’un verre d’eau répandues à dessein sur la robe de lady Masham, amenèrent l’explosion. Lady Marlborough reçut l’ordre de ne plus paraître au château. Quand lord Darmouth lui signifia cette sentence, elle jeta sur le parquet la clef d’or, insigne de sa charge, en lui disant qu’il pouvait en faire ce que bon lui semblerait. Lady Marlborough , tombée en disgrâce , y entraîna les amis, les parents de son époux, et quelque temps après le duc lui-même. Lestorys l’accusèrent de s’être ‘approprié 13 millions sur la solde des troupes, et de s’en être fait donner deux par les fournisseurs. Il répondit que c’était l’usage, et d’ailleurs qu’on exagérait. Le ministère whig n’en fut pas moins remplacé par un ministère composé de torys, et l’on rappela Marlborough. Aussitôt des négociations s’entamèrent avec la France. On vient de voir la raison sérieuse qu’avait l’Angleterre de faire la paix : les préliminaires furent signés le 8 octobre 1711, entre les deux couronnes.
Cet exemple entraîna les alliés, et un congrès s’ouvrit à Utrecht. Mais l’empereur s’obstina à combattre. Le prince