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agents du gouvernement. C’était un principe reconnu et pratiqué en Angleterre que nul ne pouvait être arrêté et détenu sans un ordre du magistrat, et jugé que par ses pairs : les lords par la chambre haute , les autres citoyens par le jury siégeant, en séance publique, dans le comté où le délit avait été commis, et prononçant à Tunanimité, sans appel. Il y avait eu sans doute plus d’un exemple de jugements arbitraires ; mais il n’y avait point de tribunaux exceptionnels. C’étaient des abus passagers qui n’avaient pu s’ériger en droit penûapent. Enfin tout officier du roi était exposé à être poursuivi pour abus de pouvoir , sans avoir le droit d’invoquer, comme excuse, un ordre royal. Les ministres euxmêmes pouvaient être mis en accusation par le parlement.
L’Angleterre était donc déjà, à ne considérer que ses institutions, en avance sur tous les autres Etals. Mais elle avait peu d’industrie, peu de commerce , de sorte que les intérêts matériels n’y étaient pas assez forts pour dominer les questions politiques. De plus, les mœurs y étaient d’une violence extrême. La giierre de cent ans avait développé à un haut degré , dans toutes les classes , des instincts à la fois cupides et- féroces. L’acharnement qu’on avait montré dans la lutte contre la France allait se retrouver dans les luttes intestines.
( Ces luttes intestines naquirent de la rivalité de deux maisons, celle d’York ou la Dose blanche, et celle de Lancastrt ou la Rose rouge.
Vaerre dea deux Boaca (f
Les victoires de Crécy, de Poitiers et d’Azincourt avaient inspiré aux Anglais ce patriotique, cet immense orgueil qui leur a fait faire de si grandes choses, et qui est resté comme le trait distinctif de leur caractère national. Le malheur de la maison de Lancastre, alors représentée par Henri YI, fut d’être impuissante à satisfaire cet orgueil, et d’avoir à répondre des cruelles atteintes qu’il recevait chaque jour par les défaites essuyées en France depuis l’apparition de Jeanne d’Arc et surtout depuis la mort du duc de Bedford. A chaque mauvaise nouvelle qui arrivait du continent , d’universelles cla-
meurs s’élevaient contre les ministres. C’était le Mans qui était livré sur un ordre de Suffolk, puis Rouen qui ouvrait ses portes, puis une grande bataille rangée, celle de Fourmigny, perdue par les Anglais, puis Bordeaux, qui voyait Danois pénétrer en vainqueur dans ses murs.
Sous le coup de tant de désastres , on se rappela que la dynastie régnante avait usurpé le trône, après la déposition de Richard II, et que le duc d’York, Richard, en était le légitime héritier. Il descendait en ligne directe, par les femmes, qui, en Angleterre, ont et donnent des droits au trône, du second fils d’Édouard III, et par les hommes, du quatrième. Henri VI ne descendait que du troisième fils de ce prince. La maison de Lancastre s’appuyait sur le choix primitif de la nation, sur une concession incontestée de soixante ans, et invoquait le serment de fidélité du duc d’York lui-même. Mais la faiblesse d’esprit dont Henri VI avait hérité de son aïeul maternel Charles VI, dégénérait en une véritable imbécillité ; sa femme, Marguerite d’Anjou, se trouva seule en face des ressentiments populaires.
Déjà suspecte aux Anglais par son origine française, la reine était haïe depuis le meurtre du duc de Clocester, ce frère du glorieux Henri V, qu’on appelait le bon duc, parce qu’il voulait toujours la guerre contre la France, et qu’elle avait, en 1447, fait arrêter et tuer deux jours après dans sa prison. Plus la guerre allait mal sur le continent , plus la haine croissait contre celle qu’on accusait de tous les désastres, et qui, lors de son mariage, au lieu d’apporter une dot à son époux, avait obtenu l’évacuation, par les troupes anglaises, de l’Anjou et du Maine. Le duc d’York crut l’occasion favorable. Il poussa d’abord les communes à accuser le ministre favori , le duc de Suffolk, et à refuser tout subside jusqu’à ce qu’il eût été jugé. Le roi , pour soustraire l’accusé à une sentence de mort, le condamna à un bannissement de cinq années. Deux mille personnes essayèrent d’arrêter Suffolk à sa sortie de prison. Il put cependant gagner le port d’Ipswiçh, d’où il se hâta de faire voile. Il se croyait sauvé, lorsqu’il fut rejoint par le Nicolas de la Tour, un des plus grands vaisseaux de la flotte royale. On lui ordonna de se