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CHAPITRE III

rendre à bord, et, à son arrivée sur le pont, le capitaine le salua par ces mots ; « Sois le bienvenu, traître! » Le surlendemain, le malheureux subit un jugement dérisoire devant les matelots. Une barque était déjà le long du bord ; elle portait un billot , une épée rouillée et un bourreau. Le duc y fut descendu ; l’exécuteur ne lui abattit la tête qu’au sixième coup (1450). Cette tragédie était à peine accomplie qu’une autre commençait.

Un Irlandais, John Gade, se fit passer pour un prince du sang illégalement décapité en 1445, et souleva le comté de Kent. Il se rassembla autour de lui jusqu’à 60 000 hommes, et il fut pendant plusieurs jours maître de Londres. Mais l’aventurier ne put maintenir la discipline parmi les siens. Les bourgeois s’armèrent pour se préserver du pillage. Une promesse d’amnistie acheva la dispersion desânsurgés. Cade, dont la tête avait été mise à prix, tomba dans un guet-apens et fut tué (1450). *

Richard d’York avait trempé dahs ce mouvement; on n’osa le frapper. Enhardi par l’impunité , par la faiblesse des Lancastriens, que le facile succès de Cade avait montrée, il leva une petite armée, se présenta aux portes de Londres, et exigea que le duc de Somerset, qui avait remplacé SufFolk, fût mis à la Tour' (1462). R se contenta, cette fois, de prouver ainsi sa force. Mais im héritier, du trône étant né en 1453, Richard ne dissimula plus ses desseins ; pendant une maladie mentale de Henri VI, il se fit nommer protecteur (1454). Le roi, revenu à la santé, lui ôta ses pouvoirs. Alors il prit ouvertement Jes armes, aidé de la haute aristocratie, surtout de ce Warwick à qui ses richesses, ses talents et aussi son inconstance valurent le surnom de Faiseur de rois. Ce fameux capitaine, fils du comte de Salisbury, appartenait à une des plus illustres familles d’Angleterre , la maison de Nevil. Il nourrissait journellement dans ses terres jusqu’à 30 000 personnes. Quand il tenait maison à Londres, ses vassaux et ses amis consommaient six bœufs par repas. Vainqueur à Saint-Albans, dans le comté de Hertford (1455), Richard obtint encore des lords, pendant une nouvelle maladie du roi, le titre de protecteur. Il s’habituait ainsi à mettre

la main .sur le gouvernement, tout en laissant à Henri VI la couronne. .

En 1456, Henri, ayant recouvré la santé, reprit possession de l’autorité, 'et le duc d’York affecta de se résigner. Il n’attendait qu’une meilleure occasion d’agir. Il crut l’avoir trouvée en 1460; et, cinq ans après la journée de Saint-Albans, fut livrée la seconde bataille de cette guerre, celle de Northampton. Avant l’action , les Yorkistes avaient donné l’ordre d’épargner les simples soldats, mais de tuer tous les officiers. Richard resta encore vainqueur, et le parlement le déclara héritier légitime. On laissait pourtant à Henri VI son titre de roi.

Marguerite protesta au nom de son fils, prit les armes, et, aidée des secours de l’Écosse, qu’elle acheta par la cession de la forte place de Benvlck, réunit 20000 hommes.. Richard marcha contre elle avec 5000. Il fut cette fois vaincu et tué à Wakefield, dans le comté d’York ; Marguerite exposa sur les murs d’York sa tête, que par dérision elle avait fait orner d’une couronne de papier (1460). Le plus jeune de ses fils, le comte de Rutland, à peine âgé de dix-huit ans, fut égorgé de sangfroid après la victoire. Il fuyait, quand il fut arrêté par lord Clifford, sur le pont de Wakefield. Clifford lui demanda son nom. L’enfant, effrayé, tombe à genoux.. Son gouverneur, croyant le sauver, le nomme. « Ton père a tué le mien, s’écrie Clifford, je veux aussi te tuer, toi et tous les tiens, » et il le poignarde. Ce meurtre, suivi de beaucoup d’autres, provoqua de sanglantes représailles ; la lutte prit un caractère atroce. Le massacre des prisonniers, la proscription des vaincus, la confiscation de leurs biens devinrent la règle des deux partis. Le bourreau suivait toujours les soldats.

Richard d’York eut un vengeur dans son fils aîné, qui fut proclamé roi à Londres, par le peuple et ensuite par le parlement, sous le nom d’Édouard IV. H éprouva d’abord une défaite à la seconde bataille de Saint-Albans (1461), que Warwick perdit. Mais deux mois après, Édouard lui-même vainquit les Lancastriens à la sanglante journée de Towton (au sud-ouest d’York). Plus de 36 000 hommes restèrent sur le champ de bataille, dont 28000 de la Rose rouge. Margue-

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