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CHAPITRE XXII

Bretagne (8 mars); le duc de Berri, fils du grand dauphin (1714). De sa nombreuse famille il ne restait plus à Louis 1 que son petit-fils Philippe V, roi d’Espagne, et son arrière- ’ petit-fils le duc d’Anjou, alors âgé de 5 ans, qui fut Louis XV. . Tant de pertes arrivées coup sur coup décidèrent le roi à prendre une mesure qui était un attentat à la moralité publique ; ses fils légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse, nés de la marquise de Montespan, furent déclarés héritiers de la couronne à défaut de princes du sang. Il les appela par son testament à faire partie du conseil de la régence, dont le duc d’Orléans, son neveu, n’eut que la présidence. Le duc du Maine obtint en outre la tutelle avec la surintendance de l’éducation du jeune roi.

C’est vers le milieu du mois d’août 1715, au retour de Marly, que Louis XIV fut attaqué de la maladie qui termina

ses jours. Ses jambes enflèrent; la gangrène s’y mit. Le

comte de Stairs, ambassadeur d’Angleterre, paria que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Le duc d’Orléans, qui, au dernier voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de lui. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna \m élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et l’empirique assura qu’il guérirait. La foule qui entourait le duc d’Orléans diminua dans le moment. « Si le roi mange une seconde fois, dit le duc, nous n’aurons plus personne. » Mais la maladie était mortelle. « J’avais cru, dit Louis à Mme de Maintenon, qu’U était plus difficile de mourir; » et à ses domestiques: « Pourquoi pleurez-vous? m’avez-vous cru immortel ?» Il donna tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Il avoua quelques-unes de ses fautes, et recommanda à l’enfant qui allait être roi d’aimer moins que

\lui la guerre et les trop grandes dépenses. Il laissait en effet la France dans un épuisement prodigieux. L’Etat était ruiné et semblait n’avoir d’autre ressource que la banqueroute. Avant la guerre de la succession, Vauban écrivait déjà :

« Près de la dixième partie du peuple est réduite à mendier; des neuf autres parties, cinq ne peuvent faire l’aumône à celle-là, dont elles ne diifièrent guère ; trois sont fort malai-

sées; la dixième ne oompte pas plus de 100 000 familles', dont il n’y a pas 10000 fort à leur aise. » Que fut-ce donc en 1715, après cette terrible guerre où l’on s’était vu contraint d’emprunter à 400 pour 100, de créer de nouveaux impôts, de consommer à l’avance les revenus de 2 années, et d’élever la dette publique à la somme de 2 milliards 400 millions, qui feraient aujourd’hui près de 8 milliards?

L’acquisition de deux provinces (Flandre, Franche-Comté) et de quelques villes (Strasbourg, Landau, Dunkerque) n’était pas une compensation à de si affreuses misères, et, en se souvenant de l’état de l’Europe en 1661, on sera porté à croire qu'au total Louis XIV n’a pas tiré de la situation tout ce qu’elle offrait d’avantageux pour la France. Mais les fils oublient bien vite les souffrances des pères ; les générations suivantes n’ont voulu se rappeler que tant de victoires, l’Europe bravée, la France pendant 20 années prépondérante, — enfin l’éclat incomparable de cette cour de Versailles et ces merveilles des lettres et des arts qui ont fait donner au dixseptième siècle le nom de siècle de Louis XIV.

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