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CHAPITRE XXIII

Les lettres et les arts en France. — Les lettres et les arts dans les pays étrangers. — Les sciences au dix-septième siècle.

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Le seizième siècle avait fait la réforme religieuse, le dixhuitième siècle fera les réformes politiques. Placé entre ces deux âges révolutionnaires, le dix-septième eut, dans les lettres, un si parfait équilibre des forces de l’esprit, une puissance d’écrire si complètement égale à la puissance de ' penser, qu’il est resté par excellence le siècle littéraire de la France. Les générations qui vivent dans les jours d’orage, au milieu des discussions brûlantes, vont plus haut et plus bas, mais n’arrivent jamais à cette calme et sereine beauté que la postérité ne se lasse plus de contempler.

Louis XIV n’estimait pas que la littérature fût une force, et de son temps elle ne l’était pas encore ; du moins, il la regardait comme un ornement nécessaire , comme un luxe digne d’un grand roi. Il favorisa donc les lettres, toutefois en les disciplinant, et il y eut sous lui un véritable gouvernement de la littérature. Colbert en fut le ministre. On a déjà vu(p. 370) comment il essaya de l’organiser, en fondant ses académies^ nobles asiles de l’esprit et de la science, qui devaient tracer les règles, donner le ton, et si j’ose dire, marquer la mesure. Mais n’oublions pas que le siècle de Louis XIV avait commencé

bien avant que le roi pût exercer aucune influence sur les lettres. Louis n’avait pas encore pris en main le gouvernement, que la France avait déjà recueilli la moitié de la gloire littéraire que le dix-septième siècle lui réservait. Corneille, • Descartes, Pascal avaient donné leurs chefs - d’œuvre. ' Mme de Sévigné, la Rochefoucauld, Molière, la Fontaine, Bossuet étaient en pleine possession de leur talent ; enfin les deux plus grands peintres du siècle, le Sueur et Poussin, étaient morts ou allaient mourir, et Boileau venait d’écrire sa première satire. Cette réserve faite, nous laisserons le plus grand écrivain du dix -huitième siècle juger ses prédécesseurs du dix-septième. •

« Dans l’éloquence, dans la poésie, dans la littérature, dans les livres de morale et d’agrément, les Français furent les législateurs de l’Europe. La véritable éloquence éteiit partout ignorée , la religion enseignée ridiculement en chaire, et les causes plaidées de même dans le barreau. Les prédicateurs citaient Virgile et Ovide ; les avocats, saint Augustin et saint Jérôme. Il ne s’était point encore trouvé de génie qui eût donné à la langue française le tour, le nombre, la propriété du style et la dignité. Quelques vers de Malherbe faisaient sentir seulement qu’elle était capable de grandeur et de force; mais c’était tout. Les mêmes génies qui avaient écrit très-bien en latin, comme un président de Thou, un chancelier de l’Hôpital, n’étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage , rebelle entre leurs mains. Les Français n’étaient encore recommandables que par une certaine naïveté qui avait fait le mérite de Joinville, d’Amyot, de Marot, de Montaigne, de Régnier, de la satire Ménippée. Jean de Lingendes, évêque de Mâcon, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. L’oraison funèbre de Victor-Amédée, qu’il prononça en 1637, était pleine de si grands traits d’éloquence, que Fléchier, longtemps après, en prit l’exorde tout entier pour en orner sa fameuse oraison funèbre du vicomte de Turenne.

« Balzac (1594-1654), en ce temps-là, donnait du nombre et de l’harmonie à la prose. Il est vrai que ses lettres étaient des harangues ampoiilées ; mais l’éloquence a tant de pou-

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