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CHAPITRE XXIII

trouvait cette noblesse de forme que l’artiste ne doit jamais oublier, même lorsqu’il ne veut représenter que la force matérielle. Le puissant athlète, treize fois couronné par la Grèce entière, devait montrer sur ses traits contractés par la douleur le souvenir de tant de victoires. On sent trop que le grand artiste jouait avec le marbre, et comme il le dit luimême € nourri aux grands ouvrages, il nageait lorsqu’il y travaillait, et le marbre tremblait devant lui, pour grosse que fût la pièce. » Puget avait le caractère trop indépendant pour réussir à Versailles. H y vint, y fut bien accueilli, mais reçut à peine pour son Milan la somme qu’il avait dépensée pour le faire. 11 ne laissa point d’élèves; Goysevox, les deux Coustou, Girardon, procèdent d’un autre système : ce sont plutôt les sculpteurs de la grâce, les maîtres du style brillant et facile sans élévation. Les Tuileries ont du premier Us Chevaux ailés qui décorent l’entrée du côté de la place de la Concorde ; U Flûteur, la Flore et V Hamadryade qui sont devant le château; de Nicolas Coustou, la Seine, la Marne, im berger chasseur et Jides César; de Guillaume Coustou, Hippotnène et Atalante; les chevaux indomptés qu’on voit à l’entrée des Champ-Élysées sont du même artiste. Girardon a peuplé Versailles de ses ouvrages ; le mausolée du cardinal de Richelieu à la Sorbonne est son chef-d’œuvre. Les estampes de Callot, Nanteuil, Audran, ornent dans l’Europe les cabinets de ceux qui ne peuvent avoir des tableaux.

François Mansart oublia l’élégance et la grâce de la Renaissance pour un style qu’il croyait majestueux, et qui n’était que lourd. U commença le Val-de-Grâce et bâtit le château de Maisons, près de Saint-Germain en Laye. Il inventa les mansardes qui coupent quelquefois heureusement la surface trop nue des combles, mais quelquefois aussi leur ôtent de la légèreté. Son neveu Jules Hardouin Mansard, construisit Versailles, Marly, le Grand-Trianon, Saint-Cyr, la place Vendôme, celle des Victoires et le dôme des Invalides. C’est un génie froid, régulier, qui atteignit presque au grandiose, parce que Louis XIV ne lui ménagea ni la place, ni l’aident, mais qui semble manquer d’inspiration et d’élégance, si ce n’est dans sa belle coupole des Invalides. Claude

Perrault (1628-1680) fut médecin, physicien, grand architecte, et eut de la réputation, malgré Boileau. Ses plans, pour la façade orientale du Louvre, furent préférés à ceux du Bernin; la colonnade est de lui. Un autre artiste de génie, le Nôtre (1613-1700), créa- l’art des jardins; il savait en faire la plus belle décoration des châteaux. A l’agréable, l’agronome la Quintinie joignit l’utile. Louis XIV les employa tous deux, et leurs noms ont mérité d’être joints à ceux des illustres personnages de ce grand siècle.

Le Florentin Lulli vint à 1 3 ans à Paris, et fut, avec Quinault, le vrai fondateur de l’opéra en France. Sa musique nous paraît froide et sans caractère, même celle d’église où il excellait. Les contemporains en jugeaient autrement. « Je ne crois point, écrivait Mme de Sévigné, au sortir du service pour le chancelier Séguier, qu’il y ait une autre musique* dans le ciel. »

Les principaux monuments du règne de Louis XIV sont : le Val-de-Grâce, commencé par François Mansart, et dont le dôme, d’une coupe élégante, fut décoré ù l’intérieur par Mignard d’une composition qui rappelle de loin les grandes peintures murales de l’Italie, le collège Mazarin (aujourd’hui l’Institut), bâti par l’architecte Louis Levau; l’Observatoire, élevé en partie sur les dessins de l’astronome Picard (1666); les portes Saint-Denis et Saint-Martin, commencées en 1670 par Blondel et son élève Bullet ; les Invalides, œuvre de l’architecte Libéral Bruant (1674), avec cette église un peu étroite pour le dôme majestueux et élégant que Jules Mansart surmonta d’une flèche si hardie ; la place du Carrousel, entre le Louvre et les Tuileries, ainsi nommée d’un carrousel magnifique qui y fut donné en 1662; la place des Victoires et la place Vendôme, créées ou agrandies pour recevoir les statues que le maréchal de la Feuillade et l’hôtel de ville de Paris firent ériger à Louis XIV, à l’époque du traité de Nimègue.

Dès le commencement du règne, on avait travaillé aux Tuileries. Levau éleva, en 1664, le dôme de l’Horloge qui complétait, en l’alour^ssant, la façade de l’ouest; l’année suivante, le jardin fut réuni au château, dont une rue le sé-

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