CHAPITRE XXni
Marly (1679), qui, suivant Saint-Simon, aurait coûté aussi cher que Versailles, des milliards, qu’il faut réduire à 40 millions : c’est déjà bien assez pour un pied à terre. Enfin les châteaux de Saint- Germain, de Fontainebleau, de Chambord, de Saint-Cloud , de Sceaux étaient agrandis , restaurés , embellis surtout par les magnifiques jardins de le Nôtre.
J’ai parlé ailleurs des grands travaux d’utiliié publique : les ports , les arsenaux , les places fortes et le canal du Midi. Il n’en reste pas moins une disproportion excessive entre les dépenses faites pour les fantaisies du roi et celles qui eurent pour objet les intérêts du pays. C’était l’inévitable conséquence d’un régime politique qui mettait à la discrétion du prince, sans discussion, sans contrôle, toute la fortune publique.
Lea lettres et les arts dans les pays r (rangers.
En Italie décadence littéraire, comme décadence politique. La poésie italienne est bien fade dans la Secchia rapita, le Sceau enlevé, de Tassoni (1565-1656) et dans V Adonis de Marini (1569-1625); les poésies lyriques de Guidi (1650- 1712), de Filicaia (1642-1707) et de Manzo, un des fondateurs de l’Académie des GH Oziosi de Naples, ne la relèvent pas.
Le Portugal avait eu au siècle précédent un grand poète, Camoëns (1517-1577), le chantre des Lusiades. Il s’en tint là. L’Espagne venait de perdre Ercilla (1530-1600) qui avait chanté lui-même ses exploits et ceux de ses compagnons au Chili , contre les Âraucans Çl’Araucana ) , mais elle avait eu Lope de Vega (1562-1635), <pii fit, dit-on, 1800 pièces de théâtre; Calderon (1600-1687), chanoine de Tolède, à qui on en attribua 1500, et l’immortel auteur de Don Quichotte, Michel Cervantes (1547-1616).
L’Angleterre se présente sans crainte avec Shakspeare, qui est son Corneille et son Molière; avec Milton (1608-1674), l’auteur du Paradis perdu; avec Dryden, le poète lauréat de Charles II, qm s’est placé à la tête des auteurs classiques de son pays, mais déshonora son talent par sa vénalité (1631- 1701); avec Addison (1672-1719), auteur d’une des meil-
leures tragédies anglaises après celles de Shakspeare, Caton d'Utique, et rédacteur du Spectateur; avec Pope (1688-1744), écrivain d’une rare élégance, qui traduisit Homère, fit la Dunciade, poème satirique, et l’Essai sur l’homme, où se retrouve la philosophie de Bolingbroke, mais qui appartient au siècle suivant.
L’Allemagne est dans son âge de fer ; elle ne cite que le cordonnier mystique Jacob Bœhme (1575-1625), et Martin Opitz (1597-1639), qui s’exerça dans tous les genres littéraires et a eu une assez grande influence sur la langue et la littérature allemandes.
L’histoire ne compte pas de ces grandes compositions qui ne vieillissent point et qu’on relit toujours. L’Italie a Pierre Sarpi, dit Fra Paolo (1552-1623), l'historien du concile de Trente; Davila (1576-1631), qui écrivit une Histoire des guerres civiles de France, de la mort de Henri II à la paix de Vervins, et le cardinal Bentivoglio, de Ferrare (1579-1641), auteur d’une Histoire de la guerre de Flandre. L’Angleterre cite le comte de Clarendon (1608-1674), grand chancelier sous Charles II, pour son Histoire de la rébellion (1641-1660), dont le titre indique l’esprit; Whitelocke (1603-1676), auteur de Mémoires intéressants et modérés sur la révolution ; le négociateur William Temple (1628-1698), qui fit conclure la triple alliance de 1668, et laissa des Mémoires curieux sur la Hollande, et Burnet (1643-1715), le fougueux évêque de Salisbury, qui donna une Histoire de la réformaiion d'Angleterre et une Histoire de son temps, qui sont une œuvre de parti. En Espagne, le jésuite Mariana (1537-1624) : Histoire d’Espagtu; Herrera (1559-1625) : Histoire des Indes; Solis (1610-1686) ; Histoire de la conquête du Mexique.
Dans la philosophie politique, deux grands noms se présentent : le Hollandais Hugues de Croot ou Hugo Grotius (1583-1646), dont le traité De jure pacis et belli fait époque dans le droit international, et le Suédois Samuel Puffendorf (1632-1694), qui n’est pas moins célèbre par son livre De jure naturæ et gentium, où il établit la morale et le droit sur le principe de la sociabilité humaine.
Dans le champ de la philosophie spéculative l’Angleterre